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CENTRE ROUSSEAU
Groupe d’Études dédié à Jean-Jacques Rousseau

A propos de deux manuscrits de Rousseau Juge de Jean-Jacques. Jean-François Perrin

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dimanche, 22 novembre 2015 14:14 Written by 

À PROPOS DE DEUX MANUSCRITS DE ROUSSEAU JUGE DE JEAN JACQUES : LA COPIE « CONDILLAC » ET LE MANUSCRIT « ANGIVILLER » Jean-François Perrin.

Cela fait près de de vingt ans que la BNF a acquis par dation [1] le manuscrit de Rousseau juge de Jean Jaques [2] destiné par son auteur à être déposé sur l’autel de Notre-Dame de Paris et ensuite remis à Condillac pour n’être ouvert qu’en 1801

; cependant personne à ma connaissance [3] n’a pris la mesure de l’importance de cette première transcription du manuscrit original des Dialogues, tant par sa proximité chronologique avec celui-ci, que pour ce que peut nous apprendre du travail du style chez Rousseau sa comparaison systématique avec les trois autres copies ultérieures: la copie remise à Brooke Boothby le 6 avril 1776, éditée par celui-ci en 1780, celle remise à Paul-Claude Moultou en mai 1778 [4] , éditée par celui-ci en 1782, et celle conservée à la bibliothèque de l’Assemblée nationale, sans doute réalisée en 1776, dont on ne sait quand ni comment elle y est entrée et qui n’a jamais été éditée [5] . Il y a là une sorte de point aveugle dans le travail critique dont la raison est sans doute que, mis à part l’ajout dans ces deux dernières copies d’un épisode rapportant le rituel populaire désuet du « Suisse de la rue aux Ours [6] », de quelques lignes (d’ailleurs importantes) sur l’empire de l’imagination [7] et la suppression d’un adynaton ironique au IIIe Dialogue [8] , l’argumentaire des quatre manuscrits est strictement le même sur le fond et dans la disposition [9] ; les copies de Genève et de Paris ajoutent seulement une postface : « Histoire du précédent écrit », rapportant de façon beaucoup plus détaillée les circonstances de l’échec du dépôt de la première copie à Notre-Dame que ne le fait celle-ci et narrant l’histoire de son dépôt ainsi que celle des deux copies ultérieures. S’en tenant à ces données globales, la notice de la BNF affirme donc qu’il n’existe que « d'infimes variantes » entre les manuscrits publiés et la copie « Condillac » [10] .

Or rien n’est plus faux si l’on entre dans l’examen des incessantes variantes stylistiques entre les quatre manuscrits (ce que l’on appelait à l’époque leur « diction ») [11] : la tendance de fond étant que, prises dans leur ensemble, les variantes des trois copies postérieures à la copie « Condillac » les distinguent stylistiquement de celle-ci, qui est la plus proche de l’original (puisque la première de toutes selon l’ « Histoire du précédent écrit »), quoique déjà fort proprement raturée, biffée, corrigée, augmentée. Ceci d’une part ; d’autre part, deux notes de cette copie, l’une en hors texte à la fin du manuscrit, l’autre relative à la précédente dans l’annotation du premier dialogue mais absente des autres manuscrits, permettent de dater avec précision l’achèvement de cette copie d’une façon qui oblige à déplacer d’un an le terminus a quo de la rédaction du manuscrit original des Dialogues, comme on le verra dans la première partie de cet article.

Mais ce n’est pas tout : la relative singularité stylistique du manuscrit « Condillac » et la date de son achèvement engagent en outre une série de conséquences par rapport à ce qu’on admettait jusqu’ici de la proximité au manuscrit original de ceux de Genève [12] et de Paris, dont la rédaction et la présentation soignées en vue d’une édition sont, sur ce plan, semblables à celles de la copie « Condillac » mais aux antipodes de ce qu’on connaît du caractère difficilement déchiffrable des manuscrits originaux de Rousseau. En revanche, tout laisse à penser que le manuscrit confié par Rousseau au comte d’Angiviller, et dont l’existence est attestée par trois témoins contemporains : son ami genevois Deleyre, Thérèse Levasseur et le marquis de Girardin, est vraisemblablement l’original des Dialogues. Cependant, ce manuscrit demeure introuvable de même que la copie que le comte en fit réaliser pour le marquis ; il est en effet impossible de l’identifier à celui conservé au Palais-Bourbon malgré ce qu’en affirme la notice qui lui est consacrée sur le site de sa bibliothèque : on verra pourquoi dans la deuxième partie de cet article.

DATES DE COMPOSITION DES DIALOGUES

DÉDUITES DE LA COPIE « CONDILLAC »

Une tradition éditoriale fondée sur les manuscrits de Paris et de Genève de Rousseau juge de Jean Ja[c]ques situe entre 1772 et 1776 les dates de sa composition. Cette tradition connaissait l’existence d’une copie antérieure : celle remise à Condillac par Rousseau pour n’être ouverte qu’en 1801 [13] ; mais demeurée entre des mains privées, son accès est resté impossible jusqu’en 1996 où elle est entrée à la BNF. Robert Osmont, l’éditeur des Dialogues dans la Pléiade en 1959, connaissait la description du manuscrit « Condillac » par le catalogue de la collection Rochambeau vendue aux enchères en 1948, mais n’avait pu travailler sur celui-ci [14] . Or l’examen de cette copie montre qu’elle était terminée à la fin de l’année 1775. Rousseau affirmant dans l’ « Histoire du précédent écrit » qu’il lui avait fallu « quatre ans » pour le composer, il faut décaler d’un an le processus de la composition des Dialogues, qui s’est déroulé entre 1771 et 1775. C’est ce qu’on va démontrer dans ce qui suit.

« Voyéz par éxemple La philosophie de la nature qu’on a brûlée au Châtelet [15] ». C’est sur cette note ajoutée in extremis que se clôt le manuscrit « Condillac », l’auteur ayant néanmoins pris soin d’y renvoyer dans une autre note ajoutée au premier Dialogue [16] . Elle mérite quelques explications qui peuvent aider à sa datation. De la philosophie de la nature a pour auteur J.B.Cl. Iso[u]ard, dit Delisle de Sales : la deuxième édition en 6 volumes (1774) fut dénoncée le Ier septembre 1775 au Tribunal du Châtelet. Le 9 septembre, le réquisitoire de l’avocat du Roi, Dedelay d’Achères, le condamne comme « impie, blasphématoire et séditieux, tendant à soulever les peuples contre la religion et le gouvernement, à renverser tous les principes de la sûreté et de l’honnêteté publique, et à révolter les sujets contre l’autorité du roi [17] », avec information lancée contre l’auteur, comme « coupable du crime de lèse-majesté divine et humaine ». C’est seulement le 14 décembre que ce réquisitoire est imprimé, le livre étant brûlé le même jour en place de Grève. Le jugement de l’auteur, des censeurs et des libraires n’aura lieu qu’en mars 1777 ; Bachaumont (t. X), dans une notice du 23 mars 1777, signale en effet un « jugement rendu vendredi par le Châtelet dans le procès dont on a parlé, concernant la Philosophie de la Nature » :

L’auteur et le censeur, confrontés la veille, ont été mis en prison : la fureur des opinans s’est manifestée d’une façon révoltante : quatorze juges sur tente-trois se sont retirés dans leur indignation, et enfin à deux heures du matin a été rédigée la sentence, qui bannit à perpétuité M. de Lisle, l’auteur, blâme l’abbé Chrétien, le censeur, etc.

La notice du 30 mars signale qu’un second censeur a été admonesté, le libraire Saillant acquitté, « les deux prisonniers restent toujours, n’ayant pu à cause des vacances obtenir leur élargissement provisoire. On se récrie de plus en plus contre ce jugement. » La notice du 17 mai 1777 indique enfin que « le procès pour la Philosophie de la nature a été jugé ces jours derniers. M. de Lisle de Sales, comme auteur, est seulement admonesté », le premier censeur interdit de fonction, le second prié de se limiter aux ouvrages de sa compétence, les libraires étant déchargés. « On voit, conclut le rédacteur, que la sentence atroce du Châtelet est ainsi de beaucoup infirmée ».

Rousseau affirme dans sa note qu’il a lu le réquisitoire, dont on a vu qu’il a été imprimé en décembre 1775. Il n’y a pas de raison d’en douter. Cependant, à la suite de Th. Dufour, R. Osmont [18] et R.A. Leigh produisent un texte de sa main à propos d’un document qu’on lui a fait lire, lequel est intitulé : « Récit de ce qui s’est passé au Châtelet vendredi par rapport à l’auteur de la Philosophie de la Nature », texte qu’il remit à Pierre Prévost :

A l’empressement de me montrer cette paperasse, à moi à qui l’on cache avec tant de soin le tems qu’il fait et l’heure qu’il est, j’en aurois dû deviner le sujet, comme au seul titre du livre j’ai deviné de quelle boutique il sortoit. Je crois au reste qu’on peut se rassurer sur le sort de M. de L’isle. Tout cela ne sont que des Singeries, et comme son livre n’est qu’une Singerie non plus mauvaise et punissable à la vérité, sur tout dans les auteurs François, il n’en résultera pour lui que des faveurs et des grâces, prix naturel de sa Complaisance. O pauvres gens, que je vous plains ! Que vos manèges me décèlent bien vos inquiétudes ! Mais elles sont désormais sans remède. eh comment esperiez-vous pouvoir troubler encore ma tranquillité ! En vous hâtant d’assouvir votre animosité, vous avez épuisé toutes vos forces. Il ne vous reste plus sur moi de nouvelle prise à laquelle vous osiez toucher [19] .

Ce rapport est le compte-rendu du jugement de mars 1777 ; la date de « vendredi », également donnée par Bachaumont, autant que la « singerie » qu’y voit Rousseau en attestent. Leigh suppose donc qu’entre le 21 mars et le 15 mai 1777, « on a dû montrer à J.J. une copie des chefs de l’accusation ». Sans doute, mais la note des Dialogues mentionne le réquisitoire, lequel est imprimé le 14 décembre 1775. Il faut donc conclure, avec R. Osmont, que c’est à celui-ci et non au rapport de 1777 que renvoie la note ajoutée à la fin de la copie « Condillac » à l’occasion du livre qu’« on a brûlé au Chatelet », pour être placée à la page indiquée lors d’une impression future, dans le manuscrit original que Rousseau finissait de recopier. On peut donc admettre que Rousseau achève cette copie en novembre ou décembre 1775 (sachant également que la fin du IIIe dialogue dans le manuscrit « Condillac » et dans les deux autres copies comporte une allusion à la représentation de Pygmalion à la Comédie Française [20] , en octobre 1775 [21] ).

En ce qui concerne le manuscrit original, une note de l’ « Histoire du précédent écrit » [22] indique que c’est dans le cours de sa composition, sous le règne de Louis XV, que Rousseau a songé au dépôt à Notre-Dame [23] ; le début de cette postface indique en outre que la rédaction lui a pris « quatre ans ». En fonction de ce que nous venons de voir à propos du manuscrit « Condillac », il convient donc de situer cette rédaction plus en amont du règne de Louis XV que ne le pensait R. Osmont qui ne disposait pas de sa première transcription : soit entre le courant de l’été 1771 et l’été 1775, plutôt que « de 1772 au début de 1776 » ; ce qui est largement compatible avec ce qu’on sait de la composition des Considérations sur le gouvernement de Pologne, qui se déroule entre l’automne 1770 et avril 1771, le texte définitif étant envoyé au comte Wielhorsky en juin 1771 [24] . En mai 1771, Mme d’Épinay avait obtenu du Lieutenant de police Sartine qu’il fît cesser les lectures privées des Confessions (la dernière se déroule le 8 chez Mme d’Egmont [25] ) ; depuis 1770, Rousseau avait dans l’esprit les arguments essentiels de Rousseau juge de Jean Jacques, exposés dans l’immense lettre à M. de Saint-Germain du 26 février, revus sous l’éclairage de l’affaire Damiens dans la grande lettre à Malesherbes du 29 novembre, et diffus dans sa correspondance des années 1770-1771 et au-delà ; il n’avait plus qu’à reprendre le chemin de l’écriture : c’est donc au cours de l’été de 1771 qu’il s’est lancé dans la composition de ce nouvel écrit, l’achevant sans doute vers la fin de l’été 1775.

L’INTROUVABLE MANUSCRIT ORIGINAL

DE ROUSSEAU JUGE DE JEAN JAQUES

Outre les copies des Dialogues remises à Condillac, B. Boothby et Moultou, il en existait encore un quatrième manuscrit, soit copie, soit original, en possession du comte d’Angiviller [26] que Rousseau avait fréquenté lors de ses dernières années parisiennes ; on n’a pas de trace d’une correspondance entre-eux, mais Jean-François Ducis (qui était le principal conseiller du comte dans ses fonctions d’administrateur des Bâtiments royaux), atteste leur contact dans une lettre du 7 août 1778 au marquis de Girardin :

C’est par moi qu’il avoit connu M. le comte d’Angiviller. J’étois bien sûr que sa vertu et son génie avoient un temple dès long-tems dans le cœur de ce vertueux gentilhomme […] Ne doutez pas, monsieur, que M. le comte d’Angiviller ne concoure ardemment avec vous dans tout ce qui pourra être utile à la veuve de M. Rousseau. Il honore sa mémoire, il défend sa vertu ses ouvrages à la main [27] .

De fait, le comte défendra Rousseau contre Marmontel dans ses Notes sur les mémoires de Marmontel : « Je l’ai vu, je l’atteste, y raconte-t-il, prendre contre moi-même la deffense de cet ami [Diderot], que justement ou non, il croyoit perfide, en chercher l’excuse, en accusant la mobilité de son imagination et l’influence de la société sur elle [28] ».

Quand Girardin prit contact avec le comte, il ignorait (ou feignait d’ignorer ?) ce que ce dernier détenait exactement, comme en atteste un brouillon de lettre à ce dernier [29] . On n’a pas la réponse du comte mais dès octobre 1778, le marquis est assuré que, comme Condillac, d’Angiviller détient une copie des Dialogues ; en témoigne l’« État des écrits qui sont icy et que nous connoisssons ailleurs » établi à l’intention de Du Peyrou [30] , où il affirme à leur propos qu’outre les manuscrits remis à Boothby et Condillac :

une autre partie de ce même ouvrage [est] entre les mains de Mr Le Cte Angivilliers (sic) qui sur ma réclamation est convenu de le remettre à la veuve en observant toutefois qu’il ne croioit pas cet écrit de nature à être imprimé [31] .

Il y revient dans une lettre au même de février 1779, à propos de l’opposition de P.-Cl. Moultou [32] à une publication prématurée des Dialogues par respect des dernières volontés de l’auteur [33] : « Cette assertion se rapporte juste à celle du philosophe abbé [ie. Condillac] ; mais moi j’en connois un autre exemplaire remis sans aucune prescription d’époque ni de condition d’employ [34] ». Il revient à la charge en 1780 : « M. D’Ang. a aussi un autre double de l’autre chose », lui écrit-il en effet le 30 avril, dans la fameuse lettre où il avoue détenir la seconde partie des Confessions [35] .

Que le comte d’Angiviller jugeât le manuscrit qu’il détenait non destiné à l’impression pourrait signifier qu’il s’agissait du brouillon original de Rousseau juge de Jean-Jaques. Ce qui pourrait conforter cette hypothèse est ce qu’écrivait de son côté à Du Peyrou Thérèse Levasseur, le 6 mars 1780 :

A l’égard des Dialogues, M. Bosthbye (sic) de Londres à une autre Copie du Manuscrit ; M. l’abbé de Condignac (sic) en à un autre, M. de Girardin en à un troisième. […] M. D’angevillier (sic), ordonnateur des Batimens du Roi a le vrai et premier manuscrit, sortant des mains de mon mari par confiance, M. de Girardin le savoit, il l’a été voir, mais ce Savant ne lui en donnât que la Copie qu’il possède, parce que ce M. D’angevillier (sic) n’a pas pensé pouvoir lui remettre ce manuscrit [36] .

Le manuscrit censé détenu par Girardin selon Th. Levasseur, ne peut-être que cette copie du « vrai et premier manuscrit » dont la réalité est confirmée par Deleyre dans deux lettres au marquis : l’une où il lui demande s’il a reçu les « Entretiens de Jean Jacques avec Rousseau qu’il avoit confiés à mr D’Angivilé [37] (sic) », l’autre où il annonce que le comte en fait faire une copie pour le marquis tout en conservant par devers lui l’original [38] .

Dans la postface des Dialogues, Rousseau ne signale explicitement que trois transcriptions : celle destinées à l’autel de Notre-Dame (la copie « Condillac), celle du premier Dialogue remise à Brooke Boothby (base de l’édition de 1780), celle destinée à tel inconnu porteur du « signe infaillible [39] » qui en ferait le dépositaire. Outre ces trois copies, il existait donc certainement deux autres manuscrits : celui remis au comte d’Angiviller et sa copie pour Girardin. Les manuscrits de Paris et de Genève étant tous deux soigneusement rédigés et préparés pour l’édition (tout comme la copie « Condillac ») ne peuvent pas être le premier état des Dialogues dont Rousseau affirme que les transcriptions sont des mises « au net [40] » ; en revanche, ce que Girardin et Th. Levasseur écrivent du manuscrit confié au comte d’Angiviller laisse penser qu’il s’agissait là du brouillon original des Dialogues, suffisamment « en place » pour servir de base à la première transcription ou à la copie réalisée pour Girardin, mais non préparé pour l’édition. Cependant, les Mémoires du comte ne disent malheureusement absolument rien de ce manuscrit. Les circonstances précipitées dans lesquelles leur auteur dut quitter la France pendant la révolution peuvent laisser supposer qu’il ne l’emporta pas avec lui, et que par la suite, sa femme n’ayant pas laissé de testament [41] , il s’est égaré dans le désordre de sa succession.

Dans son édition, R. Osmont a posé la question de son identification à celui conservé au Palais Bourbon (Ms. 1493) – autrement dit le manuscrit « de Paris », tout en observant que rien sur l’emboitage ne renvoie au comte d’Angivilliers [42] (sic) ». Une note anonyme au revers de la couverture de l’emboitage indique que le manuscrit « a été donné par l’auteur à une dame de la famille de Cramayal » – dame récemment désignée par Philippe Stewart comme étant « Élizabeth Josèphe de La Borde, sœur de Françoise Monique de Cramayel, que d’Angiviller épousa en 1781 [43] ». S’autorisant de ce lien de parenté, la notice de la bibliothèque du Palais-Bourbon consacrée au Dialogues en conclut à l’identification du manuscrit « de Paris » à celui du comte d’Angiviller [44] . Cependant, c’est conclure faussement à partir d’une confusion généalogique: en effet, cette « dame de la famille de Cramayal » n’est pas la fille du fermier général Jean-François Débos de Laborde, laquelle est Mme de Marchais devenue Comtesse d’Angiviller un an après son veuvage ; cette dame est sa soeur Françoise-Monique, qui avait épousé en 1747 François de Cramayel, seigneur de Moissy et fermier général, dont elle était veuve depuis 1779 [45] . L’aura sociale de Mme d’Angiviller [46] étant infiniment plus grande, et jusque sous l’Empire, que celle de sa sœur, il semble exclu que quiconque ait pu la considérer comme « une dame de la famille de Cramaye[a]l ». Ceci d’une part ; d’autre part, comment cette dernière pouvait-elle détenir le manuscrit confié à son beau-frère par Rousseau ? Il n’y a aucune raison de croire que le comte le lui aurait confié tant qu’il vivait à Paris, alors qu’il refusait de le montrer au marquis de Girardin ; pour qu’il fût en sa possession, il faudrait qu’il fût tombé entre ses mains après la disparition de la comtesse, morte intestat le 14 mars 1808 – mais cette année-là voyant aussi disparaître Mme de Cramayel, cette dernière hypothèse est anéantie. Il reste possible que la « dame de Cramayal » en question soit l’une de ses deux filles, Félicie Timelée Geoffroy de Montjay et Napoléone Joséphine D’Arcy, ou encore la fille de la première. Mais il demeure exclu que le manuscrit du Palais-Bourbon dont l’une ou l’autre aurait été la dépositaire soit le manuscrit original des Dialogues. On en demeure donc réduit aux conjectures s’agissant du sort, entre 1791 et 1808, du dépôt de Rousseau auprès du comte d’Angiviller.

Il est certain, en tout cas, que la petite notice énumérant les dépositaires successifs du manuscrit du Palais-Bourbon se trompe ou ment sur « l’auteur » de la cession du manuscrit, puisque si cette copie est bien de la main de Rousseau, celui-ci ne peut l’avoir confiée à Mme de Cramay[a]el [47] ; du moins il n’en existe pas la moindre trace de preuve comparable à celles attestant un dépôt entre les mains de son beau-frère. Enfin et surtout, l’identification de cette copie à l’original de Rousseau juge de Jean Jaques est rendue philologiquement impossible par la qualité rédactionnelle du manuscrit du Palais-Bourbon, tout à fait homogène en termes de lisibilité et de présentation pré-éditoriale à celle des autres manuscrits disponibles, ce qui exclut donc qu’on puisse l’identifier au manuscrit original dont Rousseau dit qu’il le transcrit « au net » dans les trois copies ultérieures.

En ce qui concerne la copie du manuscrit « Angiviller » détenue par Girardin, Philippe Stewart émet l’hypothèse que la publication du manuscrit détenu par Moultou l’ayant rendue inutile, « il ne l’a peut-être même pas conservée [48] ». On se dit qu’un tel acte serait pour le moins étrange de la part du marquis, quand on considère sa volonté acharnée de retrouver et de publier à la face des adversaires de Rousseau ce qu’il appelle, non sans pertinence : « ce morceau si important pour l’histoire du cœur humain qui comprend dans les C. Les Entretiens et Les Rev. toute la vie morale d’un homme aussi extraordinaire [49] », affirmant d’ailleurs, à propos des « Entretiens » :

c'est plutôt que plus tard je Le dis hautement, que toutte La Défence de M. R. doit paroitre. Il seroit indigne et de lui et de nous qu'elle ne parut qu'après La mort de ses adversaires. C'est aux vivans qu'on doit La justice, c'est une Lâcheté et une indignité d'attaquer Les morts [50] .

Avec une telle vision de l’unité de cet ensemble et de sa portée, il n’avait, ce semble, aucune raison de détruire sa copie du manuscrit « Angiviller », qui pouvait trouver son utilité dans l’avenir. Il y a, dans un tel domaine, des choses qui coulent de source, comme le lui écrivait Deleyre à propos de la copie que le comte faisait préparer pour lui, mais « dont on garderoit l’original, comme vous ferés sans doute vous même, Monsieur, de tout ce que vous ferés imprimer pour la veuve de l’auteur [51] ». Il n’est donc pas exclu qu’elle réapparaisse dans l’avenir.

Dans l’attente, la copie « Condillac », abstraction faite, si l’on veut, de ses nombreuses corrections et de ses ajouts, en est évidemment l’image la plus ressemblante ; néanmoins il y a bien de la différence entre l’univers de possibles encore lisibles – ne fût-ce déjà qu’à l’état de vestiges –, dans un manuscrit original d’envergure, et sa première mise au net : si ce manuscrit réapparaît un jour, on y découvrira probablement la trace des « idées meilleures et mieux rendues […] jettées sur des papiers détachés dans l’espoir de les encadrer aisément », que Rousseau avoue, dans l’avant-propos des Dialogues, avoir renoncé à insérer [52] , mais dont il a pu trouver l’usage en rédigant les Rêveries, où les deux premières Promenades sont en parenté évidente avec l’esprit et la lettre de l’« Histoire du précédent écrit », mais qui rencontrent aussi plus largement les Dialogues. La proximité des deux œuvres est en effet manifeste, que ce soit sur les thème de la persécution, quoique sur un mode plus distancié, ou pour les développements des IIe et III e entretiens de Rousseau juge de Jean-Jacques sur la rêverie contemplative, la botanique, la sensibilité, l’auto-suffisance, l’art de tirer parti de ses ennemis, la problématique du don contraint, etc. qui complètent et enrichissent ce que disent sur ce plan les Rêveries. Quant aux esquisses qui nous sont parvenues, les cartes à jouer où Rousseau les notait ne sont pas uniquement des « Ébauches des Rêveries » comme le pensaient les éditeurs de la Pléiade [53] : un gros tiers d’entre-elles sont thématiquement et stylistiquement homogènes aux Dialogues.

Pour résumer tout cela d’un trait, nous avons affaire ici à une équation littéraire à plusieurs inconnues, dont la solution dépend sans doute principalement de la comparaison attentive des manuscrits disponibles de Rousseau juge de Jean Jacques – aussi bien entre-euxqu’avec ceux des Rêveries du promeneur solitaire [54] , mais aussi de ce que la recherche ou le hasard délivreront quelque jour relativement au sort des manuscrits « Angiviller » et de la copie « Girardin » qui en fut tirée. « La route est encore longue pour qui est loin devant », écrit le poète suédois Tomas Tranströmer [55] ; cela vaut tout autant pour l’à-venir herméneutique de cette œuvre immense, que pour ce qu’il reste à découvrir dans l’archéologie de ses états manuscrits.

Jean-François Perrin



[1] Voir Michèle Sacquin, « Les manuscrits de Rousseau pendant la révolution », Revue de la Bibliothèque nationale de France n° 42, 2012, p. 65.

[2] Telle est l’orthographe originale du titre dans le ms. NAF 25700, disponible en ligne sur le site de la BNF.

[3] Après avoir ignoré l’existence du manuscrit NAF 25700 dans une première édition des Dialogues (Paris, Champion Classiques, 2011) où il prétendait que le manuscrit remis à Condillac « n’a plus été revu par aucun chercheur » depuis 1948 (p. 42), Philippe Stewart l’a finalement inclus, mais au simple titre d’un relevé de variantes au fil, dans une seconde édition au tome III des Œuvres complètes de J.-J. Rousseau (Champion-Slatkine, 2012). – Il y réédite le manuscrit de Genève, lui-même base de l’édition de Robert Osmont dans les Œuvres complètes I (Gallimard, Pléiade, 1959, désormais OC. I).

[4] Ce dépôt incluait également un manuscrit complet des Confessions, celui des Institutions chymiques et le Morceau allégorique sur la Révélation. (Correspondance complète de J.-J. Rousseau [désormais CC.], Oxford, Svec [1965-1998], t. XL, Annexes A666-667).

[5] Ms. [V. 4979] n° 1493. Disponible en ligne sur le site de la bibliothèque de l’Assemblée nationale.

[6] OC . I, p. 714. Dans le manuscrit de Paris, cette séquence, rédigées sur un quart de feuille avec la note qui l’accompagne, est collée dans la marge droite de la p. 42. Dans le manuscrit de Genève (ms. fr. 221, p. 57), elle est insérée directement dans le corps de l’alinéa, la note figurant sous un trait en bas de la page.

[7] C’est à la p. 110 du ms. « Condillac » ; le point d’insertion dans OC. I se trouve p. 815, après « pour être heureux ». Version du manuscrit de Paris : « Enfin réfléchissez bien sur l’empire de l’imagination et sur ses influences, vous trouverez qu’elle est en nous la principale source non seulement des vices et des vertus, mais des biens et des maux de la vie, et que c’est elle par son usage qui rend les hommes bons ou méchans, heureux ou malheureux ici bas . » Version du manuscrit de Genève : « Enfin tel est en nous l’empire de l’imagination et telle en est l’influence, que d’elle naissent non seulement les vertus et les vices, mais les biens et les maux de la vie humaine, et que c’est principalement la maniére dont on s’y livre qui rend les hommes bons ou méchans, heureux ou malheureux ici bas . »

[8] « On l’a vu dans le même tems en divers pays à de grandes distances les uns des autres, toujours courant et toujours arrêté. Dans les uns il faisoit des vers, dans d’autres des journaux, dans d’autres des satyres, dans d’autres des romans, dans d’autres des complots, dans tous il passoit une partie de sa vie avec des filles, une autre avec des joueurs, une autre avec des filoux, une autre avec des brouillons, une autre avec des buveurs, vivant néanmoins toujours seul en misantrope en atrabilaire en loup garou, fuyant partout le commerce des hommes et se faisant partout abhorrer d’eux ». (Manuscrit « Condillac », p. 211). Si ce passage avait été maintenu dans le manuscrit de Genève, il figurerait dans OC. I à la p. 955, entre l’alinéa se terminant par « d’en rejetter aucun autre » et celui commençant par « Cependant avec un peu de calcul ».

[9] À l’exception d’une suite de trois alinéas du IIe Dialogue recomposés dans les manuscrits de Paris et de Genève, mais sans altération significative du propos. On peut comparer les p. 133 (fin)-134 du ms « Condillac » avec les pp. 846-847 dans OC. I.

[11] Je l’étudie dans mon édition critique du manuscrit « Condillac » à paraître au t. XVIII des Œuvres complètes de J.-J. Rousseau (Classiques Garnier), qui produira toutes les variantes ultérieures. Ces micro-variantes portent sur le choix des mots, les tournures, l’ordre des termes et des propositions, les amplifications et les ellipses, etc. Elles fourmillent. La majorité d’entre-elles sont communes aux trois copies postérieures à la copie « Condillac », d’autres n’en concernent que deux ou sont particulières à telle ou telle, retrouvant d’ailleurs parfois les solutions de la première copie (à partir de l’original donc, puisque Rousseau n’avait plus cette copie en mains). Quasi aucune n’implique significativement la dialectique de l’argumentaire.

[12] Robert Osmont y voyait le manuscrit original (OC. I, p. 1759, note 2).

[13] Après l’échec de la tentative de dépôt, le 24 février 1776, Rousseau confia le manuscrit à Condillac avec expresse demande qu’il « ne fut point imprimé ni connu avant la fin du siécle présent » (« Histoire du précédent écrit », OC. I, p. 982). L’enveloppe ne fut ouverte qu’à la fin de l’année 1800, par Mme de Sainte-Foy, nièce de Condillac, en présence de quelques notables et du maire de Beaugency qui écrivit une lettre à ce propos au préfet du Loiret le 31 décembre 1800 ( CC. n°8376, note a). Le manuscrit demeura ensuite jusqu’en 1871 entre les mains de la famille de l’administrateur de l’hôpital de Beaugency, le docteur Jacques-Nicolas Pellieux (l’un des témoins de son ouverture) comme le prouve une attestation de cession datant de cette année insérée entre la couverture de l’emboitage du manuscrit et le petit récit liminaire sur les circonstances de la tentative de dépôt à Notre-Dame : « Je soussigné, François Bonny Pellieux, reconnais que par arrangement de famille, j’ai abandonné mes droits à la propriété du manuscrit de J. Jacques Rousseau qui appartenait à Mr Pellieux et venait de Mad de Chantal et qui maintenant est la propriété de Mr Theodore Cahu. Beaugency, au 27 mai 71 ». Cette propriété est confirmée par J.-N. Pellieux lui-même, dans ses Essais historiques sur la ville et le canton de Beaugency, Nouvelle édition […], 1856, p. 285-288. Ce n’est donc pas l’hospice de Beaugency qui a conservé le manuscrit « Condillac », « jusqu’en 1879 », comme le prétend la notice de la BNF qui lui est consacrée (http://expositions.bnf.fr/brouillons/grand/14.htm).

[14] OC . I, p. 1748-49 et 1902.

[15] « * Note qui doit être ajoûtée à la page 195 après ces mots : que je sens la singerie.

Voyez par éxemple la philosophie de la nature qu’on a brûlée au Châtelet. Livre exécrable et couteau à deux tranchans, fait avec un art infernal par des mains habiles tout exprès pour me l’attribuer, pour agir en consequence, et propager à mes dépens leur propre doctrine sous le masque de la mienne. Je n’ai point vu ce livre et, j’espére, ne le verrai jamais : mais j’ai lu tout cela dans le réquisitoire trop clairement pour pouvoir m’y tromper, et je suis certain qu’il ne peut y avoir aucune vraye ressemblance entre ce livre et les miens, parce qu’il n’y en a aucune entre les ames qui les ont dictés. J’ai de vifs pressentimens que de ce livre sortiront un jour les prémiers traits de lumiére qui montreront toute la trame au public ». Cette note est insérée en bas de la p. 225 du manuscrit « Condillac » ; on la lit à la p. 934 des OC. I (texte établi sur le ms. « de Genève »), avec deux variantes importantes. Dans la copie de Paris, elles apparaissent par biffures, ajouts dans l’interligne et ajout sur effacement, alors que la copie de Genève en est totalement exempte.

[16] À propos des « leçons d’Atheïsme, des éloges de la philosophie moderne, des oraisons funèbres, des traductions » attribuées à J.J., Rousseau écrit en note : « quand j’écrivois ceci je ne songeois pas à ce que me préparoient ces messieurs. Voyez la note qui est à la fin de cet écrit, p. 225 ». (Ier Dialogue, manuscrit « Condillac », la note est insérée dans la marge gauche de la p. 23). Cette note est absente de l’édition de 1780 du premier Dialogue, où elle n’aurait pas eu de sens, mais elle l’est aussi des manuscrits de Paris et de Genève. Dans la copie « Condillac », les notes des pp. 23 et 225 inscrivent donc le différentiel temporel séparant la rédaction originale de Rousseau juge de Jean-Jaques et l’achèvement de cette copie dans l’hiver de 1775.

[17] Bachaumont , t. VIII, notice du 16 décembre 1775.

[18] OC . I, p. 1726.

[19] Genève BPU, ms fr. 250, n°IIe ; copie Th. Dufour, AJJR I, 1906, p. 269-270 ; cité dans CC. n°7123, t. 40, p. 132.

[20] « […] en cet instant même on met à Paris malgré lui Pygmalion sur la scéne ». (Ms « Condillac, p. 217 ; OC. I, p. 964, même idée mais dans une syntaxe différente).

[21] C’est ce que confirme une note du second dialogue concernant le nombre d’années écoulées à la date où Rousseau transcrit. Parlant, dans le manuscrit « Condillac », des copies réalisée jusque-là, il ajoute en note qu’elles le furent « dans ces cinq ans » (p. 122). C’est en juillet 1770 qu’il avait repris son « ancien métier de copiste » (CC. n°6749). Or les copies de Paris et de Genève corrigent « dans ces six ans » (p. 117 du ms. de Paris et Ms. fr. 00222, p. 59 et OC I, p. 831 pour le ms. de Genève). La troisième transcription des Dialogues ayant commencé à la fin du printemps 1776, l’année antérieure est donc bien celle de la fin de la rédaction de l’original et de sa première transcription.

[22] Ce texte est postérieur à l’échec de la tentative de dépôt à Notre-Dame du manuscrit ensuite confié à Condillac ; il ne se lit donc que dans les copies de Genève et du Palais-Bourbon.

[23] « [L'idée que mon manuscrit parviendroit directement au Roi] et celle du dépot sur l'autel m’étoit venue durant la vie de Louis quinze, et alors elle étoit un peu moins ridicule ». (OC. I, p. 981). Louis XV est mort le 12 mai 1774.

[24] CC . n°6867.

[25] CC . n°6863.

[26] Charles Claude Flahaut de La Billarderie, comte d’Angiviller (1730-1809), au terme d’une brillante carrière militaire sous Louis XV, fut nommé par Louis XVI Directeur général des Bâtiments du roi (1776). Réorganisant leur administration, il y développe une politique artistique et muséographique audacieuse. Il épouse en 1781 Mme de Marchais, longtemps courtisée et rendue libre par son veuvage (son mari était premier valet de chambre du roi). Menacé d’arrestation au début de la révolution, il doit s’exiler précipitamment en juin 1791, ses biens étant mis aux enchères publiques le 7 juin, par décret de l’Assemblée nationale. Il ne reviendra jamais en France. Figure respectée de l’émigration, il termine ses jours à Altona en 1806. Quant à la comtesse, elle échappa adroitement aux ires de la révolution, obtint puis révoqua leur divorce et reconstitua un salon sous l’Empire. Elle mourut en 1708 sans laisser de testament. Voir l’introduction de Louis Bobé aux Mémoires de Ch. Cl. Flahaut, comte de la Billarderie d’Angiviller. Notes sur les Mémoires de Marmontel, Levin & Munksgaard, Copenhague et C. Klincsieck, Paris, 1933.

[27] CC . n° 7246, t. 41, p. 140-14.

[28] Op. cit., p. 49-50.

[29] CC . n°7237.

[30] Principal dépositaire des papiers de Rousseau et de sa correspondance, Pierre-Alexandre DuPeyrou est, avec Paul-Claude Moultou et le marquis de Girardin, le maître d’œuvre de la Collection complète des œuvres de J.-J. Rousseau (Genève, 1781-1789).

[31] 4 octobre 1778, CC. n°7313, t. 42, p. 19.

[32] En confiant à Moultou une copie des Dialogues et des Confessions, Rousseau avait exigé qu’ils ne fussent publiés qu’au siècle suivant. La publication, en 1780, à Londres, du premier dialogue confié à B. Boothby en avril 1776, obligea Moultou à publier Rousseau juge de Jean-Jacques en 1782.

[33] CC . n°7459.

[34] 13 février 1779, CC. n°7471, t. 43, p. 120.

[35] CC. n°7699, t. 44, p. 218.

[36] CC . n°7681, t. 44, p. 178.

[37] 12 nov. 1778, CC. n°7351, il souligne.

[38] 18 déc. CC. n°7405.

[39] « En multiplier incessamment les copies pour les déposer ainsi çà et là dans les mains des gens qui m'approchent seroit exceder inutilement mes forces […] Je vais donc me borner à une dont j'offrirai la lecture à ceux de ma connoissance que je croirai les moins injustes, les moins prevenus, ou qui quoique liés avec mes persecuteurs me paroitront avoir neanmoins encore du ressor[t] dans l’ame et pouvoir être quelque chose par eux-mêmes. […] si parmi ceux qui m'auront lû il se trouvoit un seul cœur d'homme ou seulement un esprit vraiment sensé, mes persecuteurs auroient perdu leur peine et bientot la vérité perceroit aux yeux du public […] et j'ai le signe assuré pour le distinguer des autres quand même il ne voudroit pas s'ouvrir à moi ». (Op. cit., p. 987).

[40] « J'imaginai pour cela de faire une copie au net de cet écrit » (« Histoire du précédent écrit », op. cit., p. 978) ; « Tandis que je travaillois à transcrire au net mon écrit » (ibid., p. 978) ; « […] je me remis à transcrire et mettre au net avec une nouvelle ardeur. Tandis que je vaquois à ce travail un jeune Anglois que j’avais eu pour voisin à Wooton […] vint me voir. » (Ibid, p. 983).

[41] Introduction de Louis Bobé aux Mémoires du comte, op. cit., p. XXXII.

[42] OC . I, p. 1903.

[43] « Ce manuscrit est aujourd’hui conservé à la bibliothèque de l’Assemblée nationale, ayant été “donné par l’auteur à une dame de la famille de Cramayal, qui le donna elle-même à M. de Clérigny ancien administrateur général des domaines de la Couronne”. Cette dame était Élisabeth Josèphe de La Borde, sœur de Françoise Monique de Cramayel, que d’Angiviller épousa en 1781 ». Ph. Stewart, Éditer Rousseau.Enjeux d’un corpus, 1750-2012, Lyon, Ens éditions, 2012, note 35 p. 87. Cette identification est reprise dans son édition des Dialogues de 2012, op. cit, p. 40

[44] « A l'occasion de recherches récentes, le professeur Philip Stewart, vient de montrer les liens familiaux et personnels qui liaient cette « dame de la famille Cramayel » au comte d'Angivillers. C'est donc bien de ce même manuscrit qu'il s'agit ». http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7gf.asp Site consulté en juin 2015. Dans son édition des Dialogues de 2012, Ph. Stewart affirme comme une évidence cette identification, en définissant le manuscrit « P » comme « manuscrit de d’Angiviller, Paris, Assemblée nationale » (op. cit., p. 41).

[45] Voir sur ce point le site http://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr;p=francois;n=fontaine+de+cramayel Site consulté en juin 2015.

[46] Elle était parente de Mme de Pompadour (elle joua le rôle de la Colette du Devin du Village au château de Bellevue, les 4 et 6 mars 1753, avec la favorite dans le rôle de Colin); très cultivée, en grand crédit à la Cour, elle reçut dans son salon l’élite des artistes et des intellectuels du temps. Ayant traversé la révolution sans trop d’encombres, elle réunit un nouveau salon sous l’Empire. Marmontel en a dressé un portrait brillant dans la Ve partie de ses Mémoires; on peut aussi consulter sa vaste notice dans la Biographie universelle de Michaud, 1843, t. I., p. 699-701.

[47] Les annuaires généalogiques concernant son mari présentent toujours invariablement l’orthographe : « de Cramayel ».

[48] Éditer Rousseau, op. cit., p. 88

[49] À Du Peyrou CC. n°7471, p. 121.

[50] CC. n°7472, p. 131.

[51] CC . n°7405, §2.

[52] OC . I, p. 686.

[53] Ibid. , p. 1165.

[54] Le carnet R. 79 conservé à la BPU de Neuchâtel contient des esquisses du début du Ier Dialogue, les brouillons des VIIIe et IXe Promenades et le brouillon complet de la postface des Dialogues.

[55] Tomas Tranströmer, Dans un journal de voyage africain, in Baltiques, Œuvres complètes (1954-2004), Paris, Poésie/Gallimard, 2011, p. 116.

Additional Info

  • Auteur: Habib Claude
  • Année de publication : 1990
  • Angle d'étude: Angle 4
Read 3327 times Last modified on dimanche, 22 novembre 2015 14:20

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