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CENTRE ROUSSEAU
Groupe d’Études dédié à Jean-Jacques Rousseau

Patrick Hochart. La place de la Profession de foi

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mercredi, 22 février 2017 14:01 Written by 

La place de la Profession de foi

A quoi sert la foi ? Manière bien désinvolte d’envisager une question vénérable, pensera-t-on et je n’en disconviens pas. Mais sous ce titre irrévérencieux, je n’entends pas soutenir quelque thèse sur la foi religieuse en général ; je me propose, plus modestement, d’aborder la religion de Rousseau, par le biais d’un texte célèbre, la fameuse Profession de foi du vicaire savoyard, logée de manière problématique au cœur de l’Emile son grand livre à mon sens, comme il semble lui-même le penser [1] .

A vrai dire, je ne suis pas un dévot de la Profession de foi ; si donc je me hasarde à l’aborder, ce sera justement en m’en tenant à ses abords, au risque d’enfoncer des portes ouvertes, soit en essayant de dépister ce que le Vicaire ne doit pas à Descartes et en m’intéressant pour l’essentiel à l’insertion de la Profession de foi au sein de l’ Emile, plus précisément au sein du livre IV, plus précisément encore entre deux développements consacrés à l’amitié, l’un décrivant son éclosion dans le cœur d’Emile comme « un second pas d’homme » (p.522), l’autre concluant le contrat passé entre le gouverneur et Emile devenu son ami [2] . Encore que la Profession de foi eût été élaborée indépendamment de l’Emile et même si Rousseau a songé à la sauvegarder à part du reste quand il craignait la dénaturation de l’ensemble, ne peut-on se demander si son point d’insertion ne contribue pas à en fixer le sens pour préciser la portée qui lui revient et l’office qui lui incombe ?

Qu’entendre donc par « religion naturelle » [3] , sinon qu’à l’inverse de la Révélation qui implique l’arbitraire d’une institution, d’une décision ouvrant une histoire et à laquelle on n’accède que par le biais d’une tradition, en se soumettant à l’autorité de témoignages humains, elle semble désigner une croyance dénuée de tout arbitraire, dont tout homme a en lui-même la source, à laquelle il lui est loisible de se rapporter de manière originaire ? Du même coup, il s’ensuit que chacun doit être naturellement porté à embrasser ou plutôt à former cette croyance qu’il s’agit moins d’adopter que de faire ou de laisser croître en soi - pour peu que l’artifice n’y fasse point obstacle et qu’on ait gardé sa « bonne foi » native -, croyance que chacun est censé pouvoir atteindre par voie naturelle, soit en faisant simplement usage des capacités et des ressources dont il est naturellement pourvu en tant qu’homme, sans avoir recours à quelque révélation surnaturelle ni à quelque autorité arbitraire [4] . Mais si, de la sorte, « naturel » prend sens par opposition à « arbitraire », « historique » ou « surnaturel », en quoi une telle croyance - si tant est qu’il soit question de croyance - que chacun peut reconnaître et susciter en et par lui-même pour son propre compte, est-elle proprement religieuse ? En quoi passe-t-elle le pur théïsme (p.606), comme tel non religieux, puisque le dieu ainsi reconnu n’est pas autre chose qu’un objet de pensée au même titre que tout autre, fût-il éminent, « dieu des philosophes et des savants » sans rapport avec le « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » ? En quoi, d’abord, une telle croyance, qui est censée concerner l’homme comme tel et tout homme par devers soi, peut-elle sceller entre les hommes un lien particulier et nouer entre eux une communauté plus étroite que la simple identité de nature (CS, IV, 8, III, p.464-65) ? En quoi, ensuite, une telle croyance relève-t-elle proprement de la « foi », soit d’un engagement dont on ne saurait par soi-même rendre compte, puisqu’elle se présente bien plutôt sous les auspices de la raison [5] et du savoir, dans l’évidence du sentiment et de la démonstration ? Qu’est-ce donc, en effet, que la « religion naturelle », sinon une croyance en soi universelle, à laquelle tout homme de bonne foi, cherchant sincèrement la vérité et se fiant de manière critique à la « lumière intérieure » [6] , peut et doit nécessairement arriver ? Mais alors, à l’instar de dom Juan, il ne s’agit pas tant de foi ou de croyance que, sinon d’arithmétique, du moins proprement de « théologie » [7] , autrement dit d’une connaissance fondée sur la seule mesure, commune parce qu’universelle, de la raison [8] , tandis que l’ordre de la croyance et de la foi ne laisse pas de sortir de la nature universelle et de se déterminer par un motif historique, soit arbitraire et particulier. Si donc la « bonne foi » requise revient à ne se fier qu’à la seule puissance de la raison, il ne s’agit pas proprement d’une « profession de foi », mais d’une démarche démonstrative, comme telle universelle.

A ce compte, l’expression « religion naturelle » est pour le moins problématique, puisqu’elle conjugue deux ordres peu compatibles, l’ordre de la religion - foi, agrégation sectaire - et celui de la nature - savoir, universalité. Sans doute pourrait-on penser que ce qui fait le caractère religieux de cette profession de foi, c’est moins sa méthode - rationnelle et démonstrative, et non catéchistique - que son objet, pour autant qu’il se révèle à la fois accessible par les seules ressources de la lumière naturelle et essentiellement incompréhensible [9] . Si donc Dieu [10] s’y trouve reconnu comme cause motrice et ordonnatrice de l’univers, il ne laisse pas de confondre l’esprit même qui le pense [11] et qui, capable de démontrer clairement son existence, est tout à fait incapable de concevoir distinctement sa nature, de telle sorte que la démonstration s’achève en adoration [12] . Mais tel est justement le cas du « dieu des philosophes et des savants », du moins celui de Descartes, rationnellement intelligible et rationnellement incompréhensible en raison même de son infinité, de sorte que la « confusion » qui clôt en l’espèce le raisonnement ne passe pas les capacités propres à la raison de reconnaître ses limites en la matière et la non distinction ou la confusion à laquelle elle est vouée, pour autant qu’elle pense clairement un objet dont elle ne saurait, par principe, avoir d’idée distincte. Quoi qu’il en soit donc de l’adoration par laquelle se conclut la démonstration [13] en raison de la transcendance de son objet, il n’est question, en l’espèce, ni de foi, d’une croyance qui passe la raison, ni d’agrégation communautaire. Sans doute encore est-on tenté de penser que la teneur religieuse de cette profession tient aussi à la « méthode », dès lors que l’accès à Dieu s’avère davantage sentimental que proprement rationnel ou plutôt que la raison n’y est mobilisée que pour venir à l’appui du sentiment et nous justifier de nous y livrer en marquant que ce choix est le meilleur possible. Mais, à cet égard, le sentiment touche moins à un engagement de la personne qu’à l’évidence universelle de ce qui se passe de démonstration pour être de l’ordre du principe [14] .

Reste qu’à ce compte, si l’on entend ainsi la « religion naturelle », comme le sentiment auquel chacun serait naturellement porté par le seul usage de ses propres ressources et le seul exercice de ses capacités naturelles, s’il suffit de s’entendre à voir les choses pour croire en Dieu [15] , la place de la Profession de foi, alors au demeurant bien mal nommée, ne laisse pas d’étonner. S’il était, en effet, de règle, en suivant l’ordre du « bon sens » [16] ou du « sens commun » (p.417), qu’on s’élève naturellement [17] de l’étude de la nature à la recherche de son auteur [18] , en suivant le progrès naturel de l’esprit humain ou des « lumières » (p.557), tel du moins sans doute que l’imaginent les philosophes (p.436), ces considérations sur Dieu comme cause motrice et ordonnatrice de l’univers seraient plus à leur place au couronnement de l’enfance, à l’instant où Emile parfait son jugement à mesure qu’il étend le cercle de ses intérêts aux dimensions mêmes du monde : de l’astronomie à la théologie, la transition ne serait-elle pas la plus naturelle ? A ceci près, puisque telle est la loi de cet âge, que de telles connaissances n’auraient alors aucune utilité [19] et que l’enfant, comme le sauvage, ne saurait véritablement s’y intéresser [20] , parce qu’elles passent sa portée (p.557), en sorte que ce n’est que par artifice et en méconnaissant « la marche de la nature » qu’on conçoit ainsi après-coup, de manière continue et systématique, le progrès des lumières. En vérité ce progrès et cette marche procèdent tout autrement et ne vont point sans rupture ni sans révolution [21] , si bien que c’est par abstraction qu’on s’efforce de reconstituer, au fil ininterrompu et linéaire d’un système, le parcours par lequel les hommes seraient parvenus à se former une juste idée de la divinité ; au reste, ce faisant, on élude plutôt la question qu’on prétend résoudre et que la référence à l’histoire ne saurait qu’embrouiller à force de pétitions de principe [22] et l’on établit plutôt le règne de l’erreur que l’institution de la vérité [23] . Autrement dit, la religion ainsi entendue devrait être celle de l’homme de l’état de nature [24] qui précisément n’en a pas ni n’en a cure [25] .

C’est qu’en effet on ne passe pas continûment de l’exploration et de la connaissance du monde, qui intéressent naturellement tout un chacun attaché à pourvoir à son bien-être physique, jusqu’à la connaissance de son auteur. Quand bien même la théologie du vicaire se résumerait dans un certain sentiment de la nature et de son ordonnance, il reste que ce sentiment ne va pas de soi. Il faut, à tout le moins, pour inspecter l’univers d’un œil qui voie et sente partout la présence de son auteur, que la nature soit éprouvée non plus comme l’élément vital de l’existence physique qu’il s’agit d’explorer et d’exploiter ou d’utiliser au mieux en faveur de notre bien-être, mais comme un livre [26] ou un texte [27] , qui précisément ne renvoie pas à sa cause - dont la connaissance en tout cas est oiseuse et de nul usage sinon celui de la vanité [28] -, mais exprime son auteur et donne lieu non pas tant de le connaître que de l’adorer [29] . Or ce changement d’attitude à l’égard du monde, cette distance prise qui rompt une manière d’être de plain-pied avec les choses et de baigner dans la nature, pour mettre en état de juger de son ordre global, suppose un saut qui n’est autre que celui même de la « seconde naissance » (p.490) et de sa « révolution » (p.489). C’est que la beauté, l’ordre et la leçon que semble receler la nature et qui semblent s’offrir à tout homme consultant son « sentiment intérieur », à vrai dire ne lui appartiennent pas plus que la vérité d’un texte à la matière de sa graphie et n’ont leur source véritable que dans le cœur de l’homme qui seul sait animer ce tableau et y trouver l’occasion de s’exalter [30] . Aussi est-ce dans le développement moral du cœur humain, soit dans le registre d’où procède à proprement parler le sentiment [31] , qu’il faut saisir le « saut » périlleux (p.551), éventuellement mortel [32] , par lequel l’homme en arrive à faire abstraction de l’intérêt tangible, à s’oublier en quelque sorte lui-même comme être de besoin [33] , pour se mettre à contempler et à réfléchir (p.637 et 216) : mouvement qui n’est pas celui d’une extension continue, simple et toute naturelle de sa sphère d’intérêt, mais qui marque bien plutôt une rupture le détachant de cette sphère et le vouant à d’autres motifs d’intérêt qui ne vont pas sans susciter sa réflexion. Rien donc de naturel en l’occurrence, au sens de l’état de nature [34] , puisqu’il faut que le monde se fasse non plus l’instrument du bien-être, mais le texte d’une révélation et qu’on se plaise à le contempler au lieu simplement de l’utiliser.

Aussi ne peut-on plus seulement feindre que les choses instruisent d’elles-mêmes [35] , mais il faut enfin « changer de méthode » (p.494) et se résoudre à prendre la parole, dès lors qu’à cet égard la nature ne peut plus rien fournir que l’occasion de réfléchir et de consulter son cœur. Qu’en est-il de cette révolution dans laquelle se forme le cœur qu’après-coup la contemplation de la nature donne loisir de consulter, sinon que s’y fait jour, brusquement et de manière bouleversante, l’intrusion - naturelle parce qu’inhérente à la nature ou à la condition humaine [36] , mais qui se détache de l’ordre du monde physique [37] et qui rompt notre appartenance de plain pied avec la nature - de l’étranger [38] , soit de l’autre comme être libre (cf. supra n.31) ? En ce sens, la Profession de foi ne saurait prendre place qu’au sein du livre IV, car elle ne saurait avoir lieu et effet que dans le contexte de la « crise » (p.489, 630) par laquelle s’annonce l’initiation morale et sexuelle, soit encore la découverte d’autrui comme être libre et l’intérêt dès lors passionnément pris pour l’incompréhensible [39] . Pour voir Dieu « dans la feuille qu’emporte le vent » (cf. supra n.14), il faut en tout cas y porter un œil moral et donc y avoir été préparé par la rencontre bouleversante de ce que j’entends et qui m’intéresse comme tel, indépendamment du souci du bien-être, soit la rencontre d’autrui, pour autant que l’infini s’y révèle dont l’enfant est incapable d’avoir seulement idée [40] . Sans doute après-coup, une fois formé ou éveillé le sentiment intérieur, il est loisible de jouir sentimentalement de la nature et de se livrer en son sein à des contemplations édifiantes, voire extatiques, sans le concours d’autrui, mais c’est se méprendre que s’imaginer qu’on y serait arrivé par ses seules ressources et le seul usage de ses capacités propres, car si le sentiment intérieur a bien son siège dans le cœur de chacun, ce cœur lui-même a sa source ou du moins son agent révélateur dans le rapport aux autres [41] .

Aussi bien s’agit-il véritablement d’une « profession de foi » et non point d’une doctrine qu’on se proposerait d’enseigner ou dont on aurait à cœur d’éprouver les démonstrations [42] ; de quelque ordre qu’elles soient et si soigneusement agencées qu’elles puissent être, les raisons avancées ne sont pas livrées au débat [43] ni exposées au feu des objections - dont l’auditeur se convainc qu’elles sont hors de propos [44] - pour vérifier si elles sont de taille à en triompher. Il n’est question ni d’enseigner ou de vérifier un contenu de savoir, sous l’exigence d’une vérité objective et sur le mode d’un traité anonyme et purement spéculatif de théologie naturelle, ni même ou plutôt ni surtout de chercher à convaincre à toute force en usant des pouvoirs fallacieux de la rhétorique, mais de manière plus obscure, plus énigmatique et sans doute plus fondamentale, d’un discours empreint du caractère moralement sacré d’une confession [45] et qui a d’abord et essentiellement la portée d’un aveu [46] ou d’une confidence [47] . Ainsi la Profession de foi se présente-t-elle avant tout comme un discours dans lequel un sujet, déterminé et irréductible - le Vicaire savoyard - ouvre son cœur [48] à un autre, lui-même rien moins que quelconque mais qui se trouve être du même coup le sujet d’une élection. Sous le signe de la foi ou de la confiance, du sacré et du lien privilégié [49] , c’est d’abord dans le régime de son énonciation, bien plus que dans la teneur de ce qu’elle énonce et argumente, que la Profession de foi s’engage dans le registre du religieux. En ce sens, ce qui s’y trouve « exposé » n’est pas de l’ordre du syllogisme, qu’il soit démonstratif ou rhétorique, mais porte bien plutôt l’accent de la « révélation » : ce qu’entreprend le vicaire, c’est d’ouvrir son cœur au jeune homme pour l’aider à consulter le sien (p.599), soit de l’introduire à ce à quoi il n’y a pas d’autre accès possible que la libre décision de celui qui résout de se confier - à « l’état de (s)on âme » (p.565) -, et par là de lui ouvrir la voie à son propre cœur, à son propre « sentiment intérieur », auquel il n’accède qu’à son exemple [50] .

Autrement dit, chacun n’a accès au plus intime de lui-même que par le biais d’un autre et de la confiance que cet autre lui fait en s’ouvrant à lui. Pour nous être propre, le « sentiment intérieur », inaliénable, n’est pas naturellement à notre portée par nos seules ressources, mais requiert une initiation par autrui : quiconque ne rencontre pas autrui dans cette dimension de la révélation, un autre qui lui fait la confiance de se révéler, de se confier à lui, ne saurait accéder à lui-même ni sentir « son être moral » (p.493), et se trouve, en quelque sorte, voué à la « mort morale » (p.562) et au destin des « âmes cadavéreuses » (p.596) qu’accable justement l’incrédulité [51] . Sans doute ne s’agit-il pas de prêcher de manière dogmatique [52] , mais de prêcher d’exemple ; reste que, du même coup, la Profession de foi se présente comme un discours d’autorité, qui ne repose pas sur le pouvoir impersonnel ou la puissance contraignante d’une démonstration, non plus que sur la force tyrannique d’une pure rhétorique, mais essentiellement sur la confiance faite au destinataire et celle qui lui est par là même inspirée, voire imposée [53] : acte de foi en l’autre, comme tel sans raison, qui surmonte la honte inhérente aux aveux (p.563, 565), la Profession de foi n’obtient la confiance, ne l’inspire qu’autant que son auteur la donne d’abord gratuitement et qu’il prend librement le risque de s’exposer à nu aux yeux du jeune homme [54] . C’est de cette liberté ainsi révélée dans son infinie gratuité que la Profession de foi tient pour l’auditeur-confident son accent qu’il ne saurait méconnaître ni mépriser (p.522) et qui engage moins sa conviction que sa persuasion (p.606) ; c’est l’autorité sacrée de la liberté ainsi révélée [55] - il n’y a rien d’autre qui soit sacré que la liberté parce que rien d’autre qui soit infini [56] - qui donne aux yeux du jeune homme son poids et sa portée à la Profession de foi, pour autant que le vicaire inspire sa confiance en lui accordant librement la sienne dans un acte qui ne va pas sans confusion ni sans émotion [57] et qui scelle entre eux le saint contrat de l’amitié (p.520-21 n.). Au regard de la preuve ainsi faite en acte par la révélation de la liberté, toute l’argumentation soutenue et toutes les raisons avancées n’ont de portée que seconde et confirmative : la raison n’est jamais que la servante de la confession [58] et le vicaire appelle à le croire mais non pas nécessairement à ce qu’il dit [59] .

C’est en ce sens que se trouve dépassée l’opposition de la nature et de la révélation, puisqu’en l’espèce, l’objet de cette révélation, qui agit par l’autorité naturelle de la confiance et non par la contrainte, vise justement à faire accéder l’auditeur à son propre sentiment intime, que le vicaire ne cesse d’avertir qu’il n’entend pas convaincre (cf. supra n.41), mais plus profondément, par le poids de son exemple et de sa confession, inspirer au jeune homme la confiance de consulter son cœur et de se confesser, pour ainsi dire, à lui-même, ou encore de chercher lui-même la vérité. Reste qu’à ses yeux, parce que justement sa liberté se trouve de la sorte reconnue et lui est révélée, l’émotion et la persuasion prennent le pas sur l’argumentation : discours non de raisons, qu’il y aurait lieu de discuter et auxquelles il serait à propos d’opposer d’autres raisons, mais d’autorité qui s’impose au-delà de toute raison et en deçà même du sentiment intérieur qu’il se propose d’éveiller pour en être reconnu comme proprement la source ; discours de révélation qui n’a pas seulement à charge de traiter d’un objet, mais d’abord de nouer une relation privilégiée entre des partenaires unis dans la confiance.

Mais aussi un tel discours de confession - première prise de parole, toute indirecte qu’elle soit, au sein de l’Emile, pour avoir justement trait à ce qui n’advient que par et dans la parole, l’aveu et la révélation confondante d’autrui - ne laisse pas d’être, comme toute instruction de cette nature et à cet âge éminemment critique (p.489, 630, 639, 641, 662), irréductiblement périlleux [60] , dans la mesure où la vérité qui s’y expose relève d’un engagement gratuit [61] qui doit se passer de toute garantie et qu’elle se trouve, du même coup, exposée, comme tout exercice véritable de la liberté, bien plus gravement qu’à l’erreur, toujours corrigible dans le « système ordonné » du monde, au mensonge, à la feinte, à la fraude, à la séduction, soit de manière générale à l’imposture. Si jusqu’ici, en suivant la « marche de la nature », le gouverneur a pu être maladroit, le risque, autrement pernicieux, est désormais encouru qu’il soit fallacieux et qu’il procède en imposteur ; si l’élève a pu être lent à comprendre, il court désormais le risque de se perdre dans l’épreuve même qui doit sceller sa « seconde naissance », soit le risque de la « mort morale » et que « le cœur meur(e), pour ainsi dire, avant que de naître » (p.259). Si, en effet, la nature physique ne ment pas, c’est qu’à vrai dire elle ne parle pas et n’a point proprement rapport à la parole dans sa dimension révélante, mais qu’elle se confine dans le cadre étroit où se signifie la demande qui ne laisse point place à l’équivoque ni à quelque autorité que ce soit : ordre de la demande se signifiant et faisant l’épreuve de ses forces dans le discernement du possible et de l’impossible. Mais la parole de confession ou de révélation engage un tout autre registre que celui du pouvoir et du simple rapport de forces comme règle de l’action efficace, celui-même de l’autorité dans lequel s’impose en se manifestant l’incompréhensible d’une liberté qui sait, sans contrainte ni intérêt de bien-être, se faire au moins écouter [62] , soit le registre du pur rapport d’homme à homme, détaché de toute utilité et de tout besoin, tel qu’il s’entame dans l’expression pitoyable du misérable, dans l’autorité dont fait justement preuve l’homme dépourvu de tout pouvoir et réduit à l’impuissance. Au reste, l’autorité de la révélation a précisément toujours égard à un dénuement, à une dénudation ou à une mise à nu, et elle n’émeut ou ne touche jamais qu’à cette condition ; aussi bien, en l’occurrence, la règle est-elle de « tout dire » [63] . Or il est fatal qu’une telle confession, à raison même que la liberté s’y révèle sous le sceau de l’incompréhensible donc de l’incontrôlable, comporte en soi la possibilité du mensonge, de la dissimulation, de la trahison : là où quelque chose proprement se révèle sous l’espèce de la confiance, là aussi peut jouer la trahison sous l’épaisseur de la dissimulation. La nature peut bien refuser, mais l’homme seul peut décevoir, de sorte que le foyer même de la moralité, faisant accéder dans la parole révélante à sa propre liberté et à sa propre responsablité, peut se convertir en facteur de « mort morale ».

Non pas, sans doute, qu’en vertu de quelque péché originel, l’équivoque soit absolument inhérente à la nature morale : assurément le premier mouvement est-il toujours droit et la conscience si bien chevillée à la parole authentique que toute confidence impose d’abord le respect. Mais il reste que l’empire de l’autorité ne procède point en toute sûreté sur le terrain de la nécessité des choses, puisqu’il lui faut s’imposer d’elle-même, sans raison compréhensible, pour ne point contraindre mais faire preuve d’une liberté gratuite qui révèle la responsabilité du destinataire. Autant donc l’ordre du nécessaire se signifie de manière immuable et irrévocable, autant l’ordre du respectable se révèle être en soi ouvert à la fraude et l’empire de la franchise à la tyrannie, tant le sentiment recèle en soi la possibilité d’user de son expression comme d’un instrument de pouvoir, du même coup liberticide.

Ainsi, en l’occurrence, la Profession de foi ne saurait aller sans un caractère dramatique, pour autant que se noue un drame là où se noue une relation entre deux hommes. Le péril, en effet, est bien encouru par le vicaire, de quelque précaution et préparation qu’il ait entouré sa confession (p.565, 606 ; cf. p. 643, 648), qu’elle soit rebutée, que sa confiance soit trahie et qu’il soit tiré un parti frauduleux de la prise qu’il donne ainsi sur lui en se mettant à découvert (I, p.656, 812-13, 902-903, 977, 996, 1018) ; mais pareillement le jeune homme court le risque de se livrer, par la confiance même qui lui est inspirée, à l’influence d’un autre qui ait prise sur lui et qui abuse de l’autorité que lui confèrent sa parole et les apparences de bonne foi qu’elle revêt, comme d’un instrument d’assujettissement : du maître initiant à la liberté au maître asservissant, la différence est décisive et problématique [64] ; de la surprise inhérente à la révélation confondante d’autrui à la surprise fallacieuse, le pas est décisif et difficile à marquer [65] . Bref, de quelque façon qu’on s’y prenne, il n’est jamais d’absolue garantie de la bonne foi d’autrui, à raison même de son altérité et le rapport à l’autre est toujours teinté d’« imprudence » [66] , en sorte qu’il n’y a jamais que de « folles confidences » [67] . Aussi bien est-ce précisément sur le fond d’un rapport déçu aux autres, d’une déroute morale qui touche à la sexualité et à la confidence (p.559, 566-67), que s’engage la Profession de foi. Si donc la « fausse dignité des Gouverneurs » (p.538) détruit leur autorité (p.664, cf. supra n.61), il reste que la maîtrise qui s’acquiert sous le sceau de la confiance, en se confiant - ou en feignant de se confier [68] -, comporte le risque de la plus pernicieuse des tyrannies, à raison même de son insinuation doucereuse.

Ainsi donc il est dans l’ordre même de la liberté que la relation d’homme à homme - et donc la relation de l’homme à lui-même dans le secret de son cœur, puisque la première est la révélatrice de la seconde - demeure irréductiblement une équation à deux inconnues, qu’on ne saurait comme telle ni résoudre ni négliger, avec laquelle on n’aura jamais fini et qui définit proprement « l’emploi de sa vie entière » (p.493). Qu’en est-il, dès lors, du rapport à Dieu, sinon d’une sorte d’assurance tous risques, d’une tentative, consolante sans doute, peut-être inévitable, mais au moins problématique, de fixer, comme préventivement, cette relation, attendu que l’incertitude inhérente au rapport à autrui est ressentie comme « un état trop violent » [69] et que l’homme se montre incapable d’ignorer ce qu’il ne peut savoir [70] . Sous le sceau de l’amour de la vérité (p.565, 570…), ne s’y profile sans doute qu’un effort, qui certes n’est pas ignoble, pour ériger un « divin simulacre » [71] , soit une certaine complaisance à se livrer au charme d’une image flatteuse qui ne tienne pas à l’autorité des hommes, mais aux penchants de notre sentiment intérieur [72] . A ce compte, Dieu apparaît comme un autre de toute confiance, ni séducteur ni séductible, « d’une droiture à toute épreuve » (I, p.512), sur qui on puisse infailliblement compter, qui ne saurait ni nous séduire (p.610 : « à l’abri de la séduction »), ni être dupe de nos manigances, comme un témoin et un confident qui proprement lit au fond de nos cœurs [73] . C’est dire évidemment l’importance cruciale du témoignage d’autrui pour non seulement éveiller mais authentifier le sentiment intérieur [74] . Aussi Dieu est-il pris à témoin de la bonne foi - non de l’infaillibilité [75] - du vicaire [76] et ce témoignage, sur lequel il se repose, le fonde à croire à son absolue bonne foi, quoi qu’autrui puisse lui objecter.

Mais le doute dès lors est fatal que s’il désire croire en Dieu [77] , c’est qu’il entend croire à sa propre bonne foi et en soustraire l’examen à l’incertain commerce avec les hommes et à l’incertaine confiance qu’elle leur inspire. Autrement dit, le cercle est irréductible [78] : Dieu seul l’assure de la bonne foi avec laquelle il croit à son existence ; cercle fatal car à mesure même que Dieu est parfait et de toute confiance, il n’est pas un autre - et il importe justement de ne point l’avilir en l’humanisant (p.607) -, il ne se rencontre pas dans une révolution bouleversante qui nous tire de nous-mêmes, mais se conclut laborieusement à partir du moi, dans une extension qui inscrit les devoirs mêmes de la moralité dans le cercle de l’amour de soi [79] . Bref, il n’y a pas, en l’espèce, de chemin de Damas, parce qu’en aucune façon Dieu n’est un être qu’on rencontre dans la parole : s’il parle, lit et écrit dans notre cœur, c’est notre cœur qui le fait parler, lire et écrire, et ne peut-on tout autant, hors de tout témoignage d’autrui, être « la dupe de son propre cœur » que des hommes qui prétendent transmettre une révélation en la pliant à leurs vœux secrets [80] ; peut-être n’est-on pas plus sûr, par devers soi, des penchants secrets de son cœur que des témoignages de l’histoire, et l’écriture de Dieu dans le cœur ne saurait pas mieux résoudre notre incertitude irréductible que l’Ecriture de la tradition.

Sans doute ce « divin simulacre » peut-il en distrayant le jeune homme du commerce des hommes l’armer contre leurs séductions [81] , à point nommé, au moment même où en contractant une amitié, il s’expose à la fourberie [82] , à titre d’antidote contre la « mort morale », mais ce n’est que dans ce commerce que se joue l’épreuve décisive et problématique de la vérité et rien n’en peut dispenser [83] . Aussi bien Rousseau n’a-t-il pas manqué de professer sa Profession de foi aux yeux des hommes, non sans, comme de juste, l’exposer à la profanation [84] . Peut-être y ai-je, à mon tour, prêté la main…



[1] Dialogue Troisième , I, p.933 : « J’avais cru voir que cet ordre était rétrograde à celui de leur publication, et que l’auteur remontant de principe en principes n’avait atteint les premiers que dans ses derniers écrits. Il fallait donc pour marcher par synthèse commencer par ceux-ci, et c’est ce que je fis en m’attachant d’abord à l’ Emile par lequel il a fini… ».

[2] « C’est votre disciple encore, mais ce n’est plus votre élève. C’est votre ami, c’est un homme, traitez-le désormais comme tel » (p.639).

[3] « J’y vois à peu de chose près le théïsme ou la religion naturelle… » (p.606) ; « Vous ne voyez dans mon exposé que la Religion naturelle. Il est bien étrange qu’il en faille une autre ! » (p.607) ; « Tant qu’on ne donne rien à l’autorité des hommes ni aux préjugés du pays où l’on est né, les seules lumières de la raison ne peuvent dans l’institution de la nature nous mener plus loin que la religion naturelle, et c’est à quoi je me borne avec mon Emile » (p.635-36).

[4] « J’adore la puissance suprême et je m’attendris sur ses bienfaits. Je n’ai pas besoin qu’on m’enseigne ce culte, il m’est dicté par la nature elle-même. N’est-ce pas une conséquence naturelle de l’amour de soi, d’honorer ce qui nous protège, et d’aimer ce qui nous veut du bien ? » (p.583).

[5] « …qu’aucune autorité ne le gouverne hors celle de sa propre raison » (p.551) ; « Mais nous qui prétendons secouer son joug [celui de l’opinion] en toute chose, nous qui ne voulons rien donner à l’autorité, nous qui ne voulons rien enseigner à notre Emile qu’il ne pût apprendre de lui-même par tout pays, dans quelle religion l’élèverons-nous ? A quelle secte agrégerons-nous l’homme de la nature ? La réponse est fort simple, ce me semble ; nous ne l’agrégerons ni à celle-ci ni à celle-là, mais nous le mettrons en état de choisir celle où le meilleur usage de sa raison doit le conduire » (p.558) ; « Au reste, ne donnez à mes discours que l’autorité de la raison ; j’ignore si je suis dans l’erreur » (p.607) ; « Cherchons-nous donc sincèrement la vérité ? Ne donnons rien au droit de la naissance et à l’autorité des pères et des pasteurs, mais rappelons à l’examen de la conscience et de la raison tout ce qu’ils nous ont appris dès notre enfance. Ils ont beau me crier : soumets ta raison. Autant m’en peut dire celui qui me trompe ; il me faut des raisons pour soumettre ma raison » (p.610) ; « …me dire de soumettre ma raison, c’est outrager son auteur. Le ministre de la vérité ne tyrannise point ma raison ; il l’éclaire » (p.614) ; « …nul n’est exempt du premier devoir de l’homme, nul n’a droit de se fier au jugement d’autrui » (p.623).

[6] « Je pris donc un autre guide et je me dis : consultons la lumière intérieure, elle m’égarera moins qu’ils [les philosophes] ne m’égarent, ou du moins mon erreur sera la mienne, et je me dépraverai moins en suivant mes propres illusions, qu’en me livrant à leurs mensonges » (p.569).

[7] « Toute la théologie que je puis acquérir de moi-même par l’inspection de l’univers et par le bon usage de mes facultés se borne à ce que je vous ai ci-devant expliqué » (p.610).

[8] « …si je pense bien, la raison nous est commune, et nous avons le même intérêt à l’écouter ; pourquoi ne penseriez-vous pas comme moi ? » (p.566).

[9] « L’Etre incompréhensible qui embrasse tout, qui donne le mouvement au monde et forme tout le système des êtres n’est ni visible à nos yeux ni palpable à nos mains. L’ouvrage se montre, mais l’ouvrier se cache. Ce n’est pas une petite affaire de connaître enfin qu’il existe, et quand nous sommes parvenus là, quand nous nous demandons : quel est-il, où est-il ? notre esprit se confond, s’égare et nous ne savons plus que penser » (p.551).

[10] « …cet Être, enfin, quel qu’il soit, qui meut l’univers et ordonne toutes choses, je l’appelle Dieu » (p.581).

[11] « …plus j’y pense, plus je m’y confonds… […] J’aperçois Dieu par tout dans ses œuvres ; je le sens en moi, je le vois tout autour de moi ; mais sitôt que je veux le contempler en lui-même, sitôt que je veux chercher où il est, ce qu’il est, quelle est sa substance, il m’échappe et mon esprit troublé n’aperçoit plus rien » (ibid.).

[12] « J’adore la puissance suprême et je m’attendris sur ses bienfaits » (p.583) ; « Enfin plus je m’efforce de contempler son essence infinie, moins je la conçois ; mais elle est, cela me suffit ; moins je la conçois, plus je l’adore » (p.594).

[13] Cf. la fin de la Troisième Méditation : « Mais auparavant que j’examine cela plus soigneusement et que je passe à la considération des autres vérités que l’on en peut recueillir, il me semble très à propos de m’arrêter quelque temps à la contemplation de ce Dieu tout parfait, de peser tout à loisir ses merveilleux attributs, de considérer, d’admirer et d’adorer l’incomparable beauté de cette immense lumière, au moins autant que la force de mon esprit, qui en demeure en quelque sorte ébloui, me le pourra permettre ».

[14] « Voilà mon premier principe. Je crois donc qu’une volonté meut l’univers et anime la nature. Voilà mon premier dogme, ou mon premier article de foi » (p.576).

[15] « Où le voyez-vous exister, m’allez-vous dire ? Non seulement dans les cieux qui roulent, dans l’astre qui nous éclaire ; non seulement dans moi-même, mais dans la brebis qui paît, dans l’oiseau qui vole, dans la pierre qui tombe, dans la feuille qu’emporte le vent » (p.578).

[16] « …j’ai quelquefois du bon sens… » (p.565).

[17] Cf. Mémoire à M. de Mably, p.30 : « L’Histoire naturelle peut passer aujourd’hui par la manière dont elle est traitée pour la plus intéressante de toutes les sciences que les hommes cultivent et celle qui nous ramène le plus naturellement de l’admiration des ouvrages à l’amour de l’ouvrier » ; cf. encore Projet pour l’éducation de Sainte-Marie, p.50.

[18] « En remontant au principe des choses, nous l’avons soustrait à l’empire des sens ; il était simple de s’élever de l’étude de la nature à la recherche de son auteur » (p.636).

[19] Lettre à M. de Franquières , p.1137 : « …parce qu’ils ne veulent pas le connaître, ou parce qu’ils n’en ont pas besoin. Dans ce dernier cas est l’homme sauvage et sans culture qui n’a fait encore aucun usage de sa raison, qui gouverné seulement par ses appétits n’a pas besoin d’autre guide, et qui, ne suivant que l’instinct de la nature, marche par des mouvements toujours droits. Cet homme ne connaît pas Dieu, mais il ne l’offense pas »’.

[20] Tout comme le spectacle de la nature le laisse froid (p.431-32).

[21] A preuve les sauts accomplis tant à la fin du livre I (p.298) qu’au début du livre III : « Quel écart ! dira-t-on peut-être. Tout à l’heure nous n’étions occupés que de ce qui nous touche, de ce qui nous entoure immédiatement : tout à coup nous voilà parcourant le globe et sautant aux extrémités de l’univers ! Cet écart est l’effet du progrès de nos forces et de la pente de notre esprit » (p.430)

[22] « Or considérez maintenant quelle distance reste encore entre la notion des deux substances et celle de la nature divine ! » (p.553).

[23] « Gardons-nous d’annoncer la vérité à ceux qui ne sont pas en état de l’entendre, car c’est y vouloir substituer l’erreur » (p.556) ; « Tout enfant qui croit en Dieu est donc nécessairement idolâtre, ou du moins anthropomorphite ; et quand une fois l’imagination a vu Dieu, il est bien rare que l’entendement le conçoive » (p.553).

[24] « J’ai donc refermé tous les livres. Il en est un seul ouvert à tous les yeux, c’est celui de la nature.C’est dans ce grand et sublime livre que j’apprends à servir et à adorer son divin auteur : nul n’est excusable de n’y point lire, parce qu’il parle à tous les hommes une langue intelligible à tous les esprits. Quand je serais né dans une île déserte, quand je n’aurais point vu d’autres hommes que moi, quand je n’aurais jamais appris ce qui s’est fait anciennement dans un coin du monde, si j’exerce ma raison, si je la cultive,, si j’use bien des facultés immédiates que Dieu me donne, j’apprendrais de moi-même à le connaître, à l’aimer, à aimer ses œuvres, à vouloir le bien qu’il veut, et à remplir pour lui plaire tous mes devoirs sur la terre. Qu’est-ce que tout le savoir des hommes m’apprendra de plus ? » (p.624-25).

[25] « Car il est d’une impossibilité démontrée qu’un pareil sauvage pût jamais élever ses réflexions jusqu’à la connaissance du vrai Dieu » (p.556 ; cf. Lettre à M. de Franquières, loc. cit. et Lettre à M. de Beaumont, p.952 : « Mon sentiment est donc que l’esprit de l’homme sans progrès, sans instruction, sans culture, et tel qu’il sort des mains de la nature, n’est pas en état de s’élever de lui-même aux sublimes notions de la divinité »).

[26] « J’ai donc refermé tous les livres. Il en est un seul ouvert à tous les yeux, c’est celui de la nature » (p.624 ; cf. supra n.23).

[27] « On eût dit que la nature étalait à nos yeux toute sa magnificence pour en offrir le texte à nos entretiens. Ce fut là, qu’après avoir quelque temps contemplé ces objets en silence, l’homme de paix me parla ainsi » (p.565).

[28] « …si nous voulions sincèrement nous éclairer, non pour briller aux yeux des autres, mais pour être bons et sages selon notre nature… » (p.604).

[29] « Je médite sur l’ordre de l’univers, non pour l’expliquer par de vains systèmes, mais pour l’admirer sans cesse, pour adorer le sage auteur qui s’y fait sentir » (p.605)

[30] « C’est dans le cœur de l’homme qu’est la vie du spectacle de la nature, pour le voir il faut le sentir » (p.431-32).

[31] « Ce qui transforme cet instinct en sentiment, l’attachement en amour, l’aversion en haine, c’est l’intention manifestée de nous nuire ou de nous être utile. [….] …ceux que nous voyons agir librement pour ou contre, nous inspirent des sentiments semblables à ceux qu’ils nous montrent » (p.492) ; « …quand il commence à sentir son être moral, il doit s’étudier par ses rapports avec les hommes » (p.493).

[32] « Pour garantir le jeune infortuné de cette mort morale dont il était si près… » (p.562).

[33] « …c’est en s’oubliant qu’on travaille pour soi. Mon enfant, l’intérêt particulier nous trompe ; il n’y a que l’espoir du juste qui ne trompe point » (p.635).

[34] « Le spectacle de la nature lui devient indifférent, à force de lui devenir familier » (III, p.144 ; cf. V, p.396 : «Celui qui n’en voit qu’un petit nombre et toujours les mêmes dès son enfance ne les compare point encore, parce que l’habitude de les voir lui ôte l’attention nécessaire pour les examiner […] N’ayant jamais rien vu que ce qui était autour d’eux, cela même ils ne le connaissaient pas ; ils ne se connaissaient pas eux-mêmes. Ils avaient l’idée d’un Père, d’un fils, d’un frère, et non pas d’un homme »).

[35] « Je n’aime point les explications en discours ; les jeunes gens y font peu d’attention et ne les retiennent guère. Les choses ! les choses ! Je ne répèterai jamais assez que nous donnons trop de pouvoir aux mots ; avec notre éducation babillarde nous ne faisons que des babillards » (p.447 ; cf. p.369 : « …et toujours la leçon lui venait de la chose même »).

[36] « Mais si, comme on n’en peut douter, l’homme est sociable par sa nature, ou du moins fait pour le devenir, il ne peut l’être que par d’autres sentiments innés, relatifs à son espèce ; car à ne considérer que le besoin physique, il doit certainement disperser les hommes, au lieu de les rapprocher » (p.600).

[37] « Si l’homme est actif et libre, il agit de lui-même ; tout ce qu’il fait librement n’entre point dans le système ordonné de la providence et ne peut lui être imputé » (p.587).

[38] « …mais à mesure qu’un objet nouveau nous frappe, nous voulons le connaître, dans ceux qui nous sont connus nous lui cherchons des rapports ; c’est ainsi que nous apprenons à considérer ce qui est sous nos yeux, et que ce qui nous est étranger nous porte à l’examen de ce qui nous touche » (V, p.396).

[39] Jusqu’ici Emile « écoute avec la plus profonde indifférence les choses qu’il n’entend pas » (p.557).

[40] « C’est en vain que les abîmes de l’infini sont ouverts tout autour de nous ; un enfant n’en sait point être épouvanté ; ses faibles yeux n’en peuvent sonder les profondeurs » (p.553).

[41] « …et quand ensuite les hommes m’ont réduit à vivre seul, j’ai trouvé qu’en me séquestrant pour me rendre misérable, ils avaient plus fait pour mon bonheur que je n’avais su faire moi-même » (I, p.1015).

[42] « Je ne veux pas argumenter avec vous, ni même tenter de vous convaincre ; il me suffit de vous exposer ce que je pense dans la simplicité de mon cœur » (p.565-66) ; « Souvenez-vous toujours que je n’enseigne point mon sentiment, je l’expose » (p.581) ; « Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas philosopher avec vous, mais vous aider à consulter votre cœur » (p.599) ; « Il est difficile, quand on discute, de ne pas prendre quelquefois le ton affirmatif ; mais souvenez-vous qu’ici toutes mes affirmations ne sont que des raisons de douter. Cherchez la vérité vous-même : pour moi je ne vous promets que la bonne foi » (p.607).

[43] « Je vous proposerais d’en conférer entre nous ; mais sitôt qu’on dispute on s’échauffe ; la vanité, l’obstination s’en mêlent, la bonne foi n’y est plus. Mon ami, ne disputez jamais ; car on n’éclaire par la dispute ni soi ni les autres » (p.630).

[44] « Cependant je voyais des foules d’objections à lui faire ; je n’en fis pas une, parce qu’elles étaient moins solides qu’embarrassantes et que la persuasion était pour lui » (p.606).

[45] « Là-dessus il me fit entendre qu’après avoir reçues mes confessions, il voulait me faire les siennes » (p.565).

[46] « Mais ces aveux ne sont pas l’affaire d’un moment… » (ibid.).

[47] « Je viens, mon jeune ami, de vous réciter de bouche ma profession de foi telle que Dieu la lit dans mon cœur ; vous êtes le premier à qui je l’ai faite ; vous êtes le seul peut-être à qui je la ferai jamais » (p.629-30). Aussi bien le « papier » que Rousseau est censé transcrire (p.558 : « Ils [les faits] sont réellement arrivés à l’auteur du papier que je vais transcrire ») -et donc la Profession de foi - se donne pour une lettre, à ce titre confidentielle, que lui a adressé un « concitoyen » (p.563 : «…vous sentez bien, cher concitoyen, que ce malheureux fugitif c’est moi-même… » ; cf. ed. Bernardi, Paris, 2010, p.133, n.11).

[48] « J’épancherai dans votre sein, me dit-il en m’embrassant, tous les sentiments de mon cœur. Vous me verrez, sinon tel que je suis, au moins tel que je me vois moi-même » (p.565) ; « Je vous ai ouvert mon cœur sans réserve » (p.630).

[49] « Non, dit-il, nous sommes frères, vous m’appartenez, et je ne dois pas toucher à ce dépôt pour mon usage » (p.562) ; « Mon enfant, reprit-il, je vous le dirai volontiers » (p.565) ; « Oui, mon enfant, dit-il en m’embrassant, j’achèverai de vous dire ce que je pense » (p.606) ; « Je viens, mon jeune ami… » (p.629) ; « Mon fils, tenez votre âme en état de désirer toujours qu’il y ait un Dieu et vous n’en douterez jamais » (p.631).

[50] « C’est le sentiment intérieur qui doit me conduire à votre exemple » (p.606).

[51] « Ce n’était pas pourtant un enfant mal né ; mais l’incrédulité, la misère, étouffant peu à peu le naturel, l’entraînaient rapidement à sa perte, et ne lui préparaient que les mœurs d’un gueux et la morale d’un athée » (p.561 ; cf. p.567). Incrédulité religieuse sans doute, mais plus foncièrement incapacité, acquise à force d’essuyer des trahisons, de faire confiance à l’autre et donc à soi-même, défiance qui porte à l’insensibilité pour se mettre à couvert des séductions. S’il est vrai que « sans la foi nulle véritable vertu n’existe » (p.632), cette foi n’a trait à Dieu qu’autant que son assurance est requise pour se fier aux autres et que l’ « incrédule » est enclin à sacrifier le genre humain « pour (s)’épargner un moment de douleur ou de faim » (p.636-37 ; cf. III, p.284-85).

[52] Quoi qu’il en soit du « Amen » qui clôt la Profession de foi (cf. p.1600 et ed. Bernardi, op. cit., p.126 et 158).

[53] « Jeune homme, écoutez avec confiance, je serai toujours de bonne foi » (p.583-84).

[54] Encore qu’il ne fasse, en un sens, que rendre (p.521 n.) ce qu’il a reçu : « Là-dessus il me fit entendre qu’après avoir reçu mes confessions, il voulait me faire les siennes » (p.565).

[55] « …ils vous donneront dans son cœur une autorité que rien ne pourra détruire. […] Or rien n’a tant de poids sur le cœur humain que la voix de l’amitié bien reconnue » (p.522).

[56] Au sens où Descartes tient la volonté pour infinie au regard des limites de l’entendement (Méditation IV, Paris, 1970, p.57 : « Il n’y a que la volonté seule ou la seule liberté du franc arbitre que j’expérimente en moi être si grande que je ne conçois point l’idée d’aucune autre plus ample et plus étendue »).

[57] « LE BON PRÊTRE avait parlé avec véhémence ; il était ému, je l’étais aussi » (p.606).

[58] « …ces sublimes vérités qu’il n’appartient pas à l’homme de connaître par lui-même et que la raison humaine sert à confirmer sans servir à les découvrir » (p.1047 ; cf. NH, V, 5, II, p.594 : « la preuve intérieure ou le sentiment lui manque, et celle-là seule peut rendre invincibles toutes les autres »).

[59] « Cherchez la vérité vous-même ; pour moi je ne vous promets que de la bonne foi » (p.607).

[60] « Entouré de périls toujours croissants, il va m’échapper quoi que je fasse. […] …de lui montrer à découvert les périls dont il est environné » (p.640-41).

[61] « C’est d’être gratuits qui les [les dons] rend inestimables » (p.521).

[62] « Comment ne voient-ils pas qu’en voulant affermir leur autorité ils la détruisent ; que pour faire écouter ce qu’on dit il faut se mettre à la place de ceux à qui l’on s’adresse, et qu’il faut être homme pour savoir parler au cœur humain ? » (p.664 ; cf. p.561 : « C’était, ce me semble, un spectacle assez touchant de voir un homme grave devenir le camarade d’un polisson, et la vertu se prêter au ton de la licence, pour en triompher plus sûrement »).

[63] « Le plaisir avec lequel il se croyait écouté augmentait celui qu’il prenait à tout dire [mot d’ordre des Confessions]. Ainsi se fit sa confession générale, sans qu’il songeât à rien confesser » (p.562).

[64] « Loin que ce feu de l’adolescence soit un obstacle à l’éducation, c’est par lui qu’elle se consomme et s’achève ; c’est lui qui vous donne une prise sur le cœur d’un jeune homme, quand il cesse d’être moins fort que vous. Ses premières affections sont les rênes avec lesquelles vous dirigez tous ses mouvements ; il était libre et je le vois asservi. Tant qu’il n’aimait rien, il ne dépendait que de lui-même et de ses besoins ; sitôt qu’il aime, il dépend de ses attachements […] Voyez-vous quel nouvel empire vous allez acquérir sur lui ? Que de chaînes vous avez mises autour de son cœur avant qu’il s’en aperçût ! » (p.520-21 ; cf. p.636, 639, 651-52).

[65] « Je dis quand il le verra, mais gardez-vous de le lui dire ; si vous le lui dites, il ne le verra plus. Si vous exigez de lui de l’obéissance en retour des soins que vous lui avez rendus, il croira que vous l’avez surpris : il se dira qu’en feignant de l’obliger gratuitement, vous avez prétendu le charger d’une dette, et le lier par un contrat auquel il n’a point consenti » (p.521) ; « …gardez-vous de le prendre trop vite au mot, de peur que si jamais votre empire lui paraît trop rude, il se croie en droit de s’y soustraire en vous accusant de l’avoir surpris » (p.652).

[66] « Il n’y avait qu’une intimité parfaite qui pût entre eux et lui rétablir l’égalité [cf. CS, I, 6, III, p.360-61]. Mais quand il l’y a mise, ils n’en ont mis eux que l’apparence ; elle était de sa part une imprudence et de la leur une embûche, et cette tromperie dont il fut la victime une fois sentie a dû pour jamais le tenir éloigné d’eux » (I, p.812-13).

[67] « Quand l’étourdi venait lui faire ses folles confidences et s’épancher avec lui… » (p.561).

[68] « Tout homme qui n’est pas l’ami de son ami est très sûrement un fourbe ; car ce n’est qu’en rendant ou en feignant de rendre l’amitié, qu’on peut l’obtenir » (p.521 n ; cf. p.521 : « …mais si vous feignez de donner, pour vendre ensuite à votre mot, vous usez de fraude »).

[69] « Le doute sur les choses qu’il nous importe de connaître est un état trop violent pour l’esprit humain ; il n’y résiste pas longtemps, il se décide malgré lui de manière ou d’autre, et il aime mieux se tromper que ne rien croire » (p.568).

[70] « La seule chose que nous ne savons point est d’ignorer ce que nous ne pouvons savoir » (p.568) ; au premier chef qui est l’autre et « que suis-je moi-même » (I, p.995).

[71] « Ce divin simulacre dont vous me parlez s’offre à moi sous une image qui n’est pas ignoble, et je crois sentir à l’impression que cette image fait dans mon cœur la chaleur qu’elle est capable de produire » (Lettre à M. de Franquières, p.1143).

[72] « …consultons la lumière intérieure, elle m’égarera moins qu’ils [les philosophes] ne m’égaraient, ou du moins mon erreur sera la mienne, et je me dépraverai moins en suivant mes propres illusions, qu’en me livrant à leurs mensonges » (p.569).

[73] « Pour être vertueux le philosophe a besoin de l’être aux yeux des hommes : mais sous les yeux de Dieu le juste est bien fort. […] Toutefois, tout dût-il finir pour nous à la mort, ce qui ne peut être si Dieu est juste et par conséquent s’il existe, l’idée même de cette existence serait encore pour l’homme un encouragement à la vertu et une consolation dans ses misères, dont manque celui qui se croyant isolé dans cet univers ne sent au fond de son cœur aucun confident de ses pensées. C’est toujours une douceur dans l’adversité d’avoir un témoin qu’on ne l’a pas méritée ; c’est un orgueil vraiment digne de la vertu de pouvoir dire à Dieu : Toi qui lis dans mon cœur, tu vois que j’use en âme forte et en homme juste de la liberté que tu m’as donnée. Le vrai croyant qui se sent partout sous l’œil éternel aime à s’honorer à la face du ciel d’avoir rempli ses devoirs sur la terre » ( Lettre à M. de Franquières, p.1144) ;

[74] « Se sentir seul plein de bons sentiments et ne trouver personne qui les partage est un état trop cruel. On est alors tenté de se croire la dupe de son propre cœur, et de prendre la vertu pour une chimère » (I, p.931 ; cf. id., p.813 : « Notre plus douce existence est relative et collective, et notre vrai moi n’est pas tout entier en nous. Enfin telle est la constitution de l’homme en cette vie qu’on n’y parvient jamais à bien jouir de soi sans le concours d’autrui »).

[75] « Pour être de bonne foi, je ne me crois pas infaillible » (p.605).

[76] « Je prends à témoin ce Dieu de paix que j’adore et que je vous annonce, que toutes mes recherches ont été sincères » (p.624) ; « Si je me trompe c’est malgré moi. Celui qui lit au fond de mon cœur sait bien que je n’aime pas mon aveuglement » (p.631).

[77] « Mon fils, tenez votre âme en état de désirer toujours qu’il y ait un Dieu et vous n’en douterez jamais » (ibid., cf. supra n.48).

[78] Celui même aussi bien qui porte la formule exorbitante sous couvert d’une nuance restrictive : « pour moi je ne vous promets que de la bonne foi » (p.607), car qui peut garantir la bonne foi de cette promesse ?

[79] « J’adore la puissance suprême et je m’attendris sur ses bienfaits. Je n’ai pas besoin qu’on m’enseigne ce culte, il m’est dicté par la nature elle-même. N’est-ce pas une conséquence naturelle de l’amour de soi, d’honorer ce qui nous protège, et d’aimer ce qui nous veut du bien ?» (p.583, ) ; «C’est alors qu’il trouve son véritable intérêt [ …] à remplir son devoir même aux dépens de sa vie, et à porter dans son cœur la vertu, non seulement pour l’amour de l’ordre auquel chacun préfère toujours l’amour de soi, mais pour l’amour de l’auteur de son être, amour qui se confond avec ce même amour de soi » (p.636 ; cf. à M. l’abbé de Carondelet, 4/03/64, in Lettres philosophiques, Paris, 2003, p.319-21).

[80] « Je ne doute point, il est vrai, que les préjugés de l’enfance et les vœux secrets de mon cœur n’aient fait pencher la balance du côté le plus consolant pour moi. […] Tout cela pouvait fasciner mon jugement, j’en conviens, mais non pas altérer ma bonne foi » (I, p.1017).

[81] « C’est au seul moment que j’ai choisi qu’elles [les leçons de la sagesse] sont utiles, soit pour l’armer ou pour le distraire ; il importe également qu’alors le jeune homme en soit occupé » ( Lettre à M. de Beaumont, p.947).

[82] Tandis que le sentiment du pitoyable, pour n’être point réciproque, est à l’abri de la séduction. Du même coup, la Profession de foi requiert un vicaire et ne saurait être prononcée « de (s)on chef » (p.558) par le gouverneur, puisqu’elle prémunit à l’endroit de son éventuelle traîtrise et passerait dans sa bouche pour un plaidoyer pro domo de sa bonne foi.

[83] « Osez confesser Dieu chez les philosophes ; osez prêcher l’humanité aux intolérants. Vous serez seul de votre parti peut-être ; mais vous porterez en vous-même un témoignage qui vous dispensera de celui des hommes » (p.634-35), non sans s’exposer au soupçon, dont il fustige les philosophes, de n’avoir d’autre « objet que de se distinguer » (p.569).

[84] « Le résultat de mes pénibles recherches fut tel à peu près que je l’ai consigné depuis dans la Profession de foi du Vicaire Savoyard, ouvrage indignement prostitué et profané dans la génération présente, mais qui peut faire un jour révolution parmi les hommes si jamais il y renaît du bon sens et de la bonne foi » (I, p.1018).

Additional Info

  • Auteur: Sermain Jean-Paul
  • Angle d'étude: Autobiographie
  • Année de publication: 2006
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