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CENTRE ROUSSEAU
Groupe d’Études dédié à Jean-Jacques Rousseau

Appel à contributions, Christine Hammann, Jean-Christophe Sampieri

Rousseau - minora
Ecrits et genres « mineurs » chez Rousseau

Colloque
22-23 mai 2015

Université de Haute-Alsace
Institut de Recherche en Langues et Littératures Européennes (ILLE EA 3437)

Université Sorbonne-Nouvelle-Paris 3
EA 174 : « Formes et idées de la renaissance aux Lumières »

Par ce qu’il connote (dès qu’il entre en résonance avec son antonyme : « majeur »), le terme « mineur » peut apparaître comme n’étant pas sans a priori, quant à ce qui est supposé faire la valeur d’une œuvre littéraire ou philosophique. En particulier s’agissant du corpus rousseauiste, on sait à quel point la ligne de partage entre le « mineur » et le « majeur » a pu fluctuer, en quelque trois cents ans de réception et d’exégèse ; nombre de textes, dont nul ne songerait aujourd’hui à nier le statut « majeur », n’ayant été reconnus tels qu’après avoir longtemps séjourné dans les limbes des écrits « mineurs ».
Trois cas somme toute assez récents pourraient être ici rappelés en ce qu’ils montrent les modalités très diverses selon lesquelles un texte autrefois dit « mineur » a accédé, à un moment et pour un public donnés, à sa « majorité ».
S’agissant de l’Essai sur l’origine des langues, c’est indéniablement Jacques Derrida qui, en 1967 (De la grammatologie), propulsa le texte à un statut de premier plan que peu de spécialistes auparavant s’étaient risqués à lui accorder. Au-delà des questions d’esthétique musicale au prisme desquelles on avait surtout jusqu’alors déchiffré l’Essai, la nouveauté de cette lecture était d’attirer l’attention sur d’autres chapitres, pour en montrer la profonde consonance doctrinale (« économie de la pitié ») avec les grandes œuvres philosophiques (Discours sur l’inégalité, Emile), tout en tranchant au passage la question longtemps débattue de la datation : sans cesse remis sur le métier jusqu’en 1762, l’Essai n’était décidément pas une œuvre de jeunesse, mais bien de la majorité de Rousseau. Ce qui rendrait, dans ce cas, le texte « majeur », ce serait donc sa cohérence avec le « système ».
Toute différente est la trajectoire du Lévite d’Ephraïm : longtemps considéré comme un écrit mineur par un public qui s’autorisait d’ailleurs de l’appréciation de Rousseau (celui-ci en soulignait à la fois le sujet « atroce » et le faible degré d’invention formelle : une simple « paraphrase » de la fin du Livre des Juges), ce n’est que très progressivement, au fil d’une cinquantaine d’années d’exégèse collective, que le texte finira par rejoindre le panthéon des œuvres majeures ; en vertu d’une double réhabilitation, littéraire d’abord (Le Lévite d’Ephraïm comme « autobiographie masquée »), philosophique ensuite. Mais, paradoxalement, celle-ci sera proportionnelle à « l’atrocité » du sujet, si étonnante de la part du théoricien de la bonté naturelle. Bref : ce qui signalerait cette fois le texte majeur, ce ne serait plus sa cohérence avec le système, mais bien la façon dont il l’inquiète, peut-être le conteste, en tout cas l’interroge dans son impensé.
Quant aux Dialogues : réputés « illisibles » – non seulement malgré mais longtemps après la préface pourtant si éclairante de M. Foucault – peut-être après tout n’y a-t-il qu’une dizaine d’années qu’ils sont sortis pour le public du statut de non-œuvre : auquel cas cela aura été le fruit de travaux (J.-F. Perrin) qui, attentifs au dispositif du texte, se seront attachés à montrer ce qu’il devait aux genres et aux formes canoniques de la rhétorique judiciaire. Dans ce cas, un texte sortirait de sa minorité dès lors qu’il pourrait être clairement référé à un « genre » sinon littéraire, du moins rhétorique : à partir de quoi seulement il deviendrait possible d’en juger la littérarité.
Est-ce à dire pour autant que la polarité du mineur et du majeur n’ait aucun fondement, intrinsèque et que tout écrit devienne spontanément « majeur » sous la plume de Rousseau ?

C’est sans faire abstraction de ces questions (touchant à ce qui fait la valeur d’une œuvre) que le colloque invitera à relire les écrits dits « mineurs » de Rousseau. En particulier, on pourra ainsi interroger :

1. Les prémisses de l’œuvre : épîtres, cours, mémoires, pièces de théâtre, opéras... Les vingt premières années de la « production » de Rousseau, tout en témoignant d’une réelle fécondité, sont en effet assez largement restées dans l’oubli : oubli de la critique comme de l’auteur lui-même d’ailleurs, qui ne fait presque pas mention de pièces comme La Découverte du Nouveau Monde, L’Engagement téméraire ou La Mort de Lucrèce. Pour autant, ces morceaux délaissés ont indéniablement leur place dans la formation de la pensée de l’écrivain.

2. Les marges et les articulations de la production monumentale, en particulier à travers les textes inédits : essais, traductions, fragments, morceaux inachevés, pièces de taille ou d’importance jugée mineure (ce dont l’appréciation est laissée à chacun : ainsi les Lettres à Malesherbes peuvent faire l’objet d’une communication aussi bien que l’Oraison funèbre du Duc d’Orléans ou Les Amours de Claire et Marcelin).

3. Le rapport paradoxal que Rousseau noua aux genres littéraires (mineurs vs majeurs) : délaissant, après sa « réforme », les genres institués de la poésie lyrique et du théâtre, pour se tourner vers d’autres considérés comme moins nobles ; au point qu’il ne semble accéder lui-même au statut d’auteur majeur qu’à proportion qu’il investit des genres de plus en plus « mineurs » selon les critères de son temps. Préface de La Nouvelle Héloïse : « Quiconque veut se résoudre à lire ces lettres doit […] se dire d’avance que ceux qui les écrivent ne sont pas des Français, des beaux-esprits, des académiciens, des philosophes ; mais des provinciaux, des étrangers, des solitaires, des jeunes gens, presque des enfants, qui dans leurs imaginations romanesques, prennent pour de la philosophie les honnêtes délires de leur cerveau. » Préface de l’Emile : « Ce recueil de réflexions et d’observations, sans ordre, et presque sans suite, fut commencé pour complaire à une bonne mère qui sait penser. Je n’avais d’abord projeté qu’un mémoire de quelques pages : mon sujet m’entraînant malgré moi, ce mémoire devint insensiblement une espèce d’ouvrage, trop gros sans doute pour ce qu’il contient, mais trop petit pour la matière qu’il traite. » Préface des Confessions : « Si je voulais faire un livre avec soin comme les autres, je ne peindrai pas, je me farderai. C’est ici de mon portrait qu’il s’agit et non pas d’un livre. » Et que dire de « l’informe journal (des) Rêveries » ? Ce n’est sans doute pas là seulement captatio benevolentiae.

4. Pour les mêmes raisons, on ne s’interdira donc pas non plus les approches thématiques (« Petit fut mon nom… »), s’agissant d’un auteur qui, dans deux de ses œuvres majeures (L’Emile et Les Confessions), promut de manière inédite la figure et le point de vue d’un enfant.

Ecrits mineurs

Jean-Christophe Sampieri et Christine Hammann élaborent le programme d'un colloque sur les minora scripta. Le colloque se tiendra en 2015. Une journée de présentation et de préparation est prévue le 17 janvier 2014.

Autour des Confessions

Le Centre s'attache à publier les travaux des chercheurs invités à la journée du 16 février 201", en collaboration avec Jacques Berchotld (La Sorbonne Paris 4). Un projet est en cours aux éditions Garnier.

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